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Full text of "Les chemins gaulois et romains entre la Loire et la Gironde: Les limites des ..."

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LES LIMITES DES CITÉS. — LA LIEUE GAULOISE 



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L. CLOUZOT, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

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ENTRE LA LOIRE ET LA GIRONDE 



LES LIMITES DES CITÉS. - LA LIEUE GAULOISE 



PAR 



A.-E LIÈVRE 



DEUXIÈME EDITION 



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L. CLOUZOT, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

22, HUE DES HALLES, 22 

1803 



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LES CHEMINS GAULOIS 

ET ROMAINS 



i LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

~oyen âge, dont les indications peuvent, au besoin, aider 
en retrouver la direction. Un autre document a consul- 
r,qui rend pour nous l'étude des anciennes chaussées 
us facile et plus sûre qu'elle ne l'était il y a cinquante 
is, est la carte de l'étal-major, où un œil un peu exercé 
scerne sans peine la plupart de ces grandes lignes au 
ilieu de l'inextricable lacis des chemins qui ne vont que 
un village à l'autre. Mais si la carte peut aider à les re- 
nnattre sur le terrain, elle ne saurait dispenser de les 
rechercher, et il est bien des choses qu'elle laisse 
norer à ceux qui fontde la topographie historique sans 
rtirdeleur cabinet. 

Les notes que nous allons utiliser, celles du moins -qui 
ont été prises ni dans les livres ni dans les archives, 
ît été rapportées de courses multipliées, dont quelques- 
îes datent de près de quarante années. Nous en ajourne 
ons peut-être encore la publication si pour les compléter 
jus pouvions nourrir l'espoir d'étendre nos investiga- 
onsauxlignesou tronçons restésjusqu 'à cejour en dehors 
î nos explorations. 

Je crois apporter ici une assez large contribution à 
géographie historique de l'Ouest. J'ai le regret de me 
ouver sur certains points, notamment pour la valeur 
3 la lieue gauloise et l'identification de quelques an- 
ennes localités, en désaccord avec des savants émi- 
snts. A leur haute autorité j'oppose des faits qu'ils 
auvent contrôler et des chiffres que chacun peut vérifier . 



I 



LIGNES PRINCIPALES 



Nous avons appelé lignes principales celles qui reliaient 
entre elles les capitales des peuples limitrophes ou d'une 
même région. Beaucoup de ces chemins de long parcours 
existaient déjà au temps de l'Indépendance et quelques* 
uns même étaient plus directs que ceux qui les remplacè- 
rent après la Conquête ; mais l'ensemble, c'est-à-dire le 
réseau, date des Romains. Les ingénieurs qui le tracèrent 
se sont proposé avant tout de mettre en communication 
aussi rapide que possible tous les centres administratifs 
nouvellement créés. 

Entre deux chefs-lieux ces lignes s'écartent générale- 
ment fort peu de leur direction normale et parfois elles 
sont absolument rectilignes sur des longueurs de plusieurs 
lieues. N 

Celles de leurs courbes qui n'ont pas été imposées par 
des accidents de terrain résultent le plus souvent d'une 
combinaison ayant pour but de faire l'économie d'une 
seconde chaussée lorsque, entre deux directions peu 
divergentes, on pouvait, pour une partie du tracé, 
adopter une sorte de moyenne. C'est ainsi que les lignes 
de Poitiers à Nantes et de Poitiers à Angers ont une lon- 
gue section commune. Entre Bourges et Poitiers, d'une 



8 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

part, el Bourges et Limoges, de l'autre, il n'y a de même 

m 

qu'une seule voie pour la moitié du parcours. Rom se 
trouve au croisement de plusieurs chemins qui se sont 
ainsi fait des concessions,, non pour desservir une localité 
sans grande importance, mais pour s'utiliser réciproque- 
ment avant d'aller plus loin. 

En dehors de ces déviations commandées par la na- 
ture ou l'économie, les ingénieurs romains ont rarement 
transigé et on ne voit pas qu'ils aient fait beaucoup de con- 
cessions aux petits centres de population qui pouvaient 
exister à droite ou à gauche. 

C'est d'ailleurs une question de savoir s'il y avait alors 
beaucoup de ces agglomérations et même si les bourgades 
dont nous constatons l'existence, soit à la bifurcation des 
voies, soit sur leur parcours, ne se sont pas, pour la plu- 
part, formées depuis et par l'effet même de la circula- 
tion qui s'était établie par là. Sans doute, leur nom, d'or- 
dinaire, n'est pas latin, mais on n'en saurait rien con- 
clure ; car si elles ont surgi après la Conquête elles n'en 
ont pas moins dû emprunter ce nom à l'idiome local. 
Avant l'arrivée des Romains, les Gaulois avaient des refu- 
ges dans lesquels ils couraient s'enfermer en cas de dan- 
ger et dont quelques-uns, comme Poitiers, sont devenus 
des villes, mais en temps ordinaire ils vivaient dispersés 
dans la campagne, et leurs maigres villages, composés de 
quelques huttes en bois, ne valaient guère la peine qu'une 
grande route se dérangeât pour eux. 

En donnant le nom de voies principales à celles qui re- 
liaient entre eux les chefs-lieux de cités, nous n'avons pas 
entendu faire dans notre réseau un classement rigoureux, 
tel que celui qui devait exister aux yeux des Curatores 



VOIES PARTANT DE NANTES 9 

viarum. Les éléments pour ce classement nous auraient 
manqué. Nous avons voulu simplement nous conformer 
autant que possible au principe général qui a présidé au 
tracé du réseau et, en divisant nos lignes en deux catégo- 
ries, apporter plus de clarté dans notre exposé. 



I 
VOIES PARTANT DE NANTES 

J. - NANTES à SAINTES 

Nantes, point de convergence de plusieurs lignes ve- 
nant de l'Armorique, d'un côté, et du Sud-Ouest, de l'au- 
tre, était à la fois le port des Namnètes et leur capitale. 

Nous n'avons que des indices sur la voie qui mettait 
Nantes en rapport avec Saintes, mais ils sont suffisants pour 
nous permettre d'affirmer son existence. 

Si on suppose une ligne droite allant du premier de 
ces chefs-lieux à l'autre on constate que sur une longueur 
d'environ quarante kilomètres elle se su perpose à une chaus- 
sée romaine, depuis longtemps reconnue, celle de Nantes à 
Rom. On remarque, en outre, que cette ancienne voie, 
sans y être obligée par des obstacles naturels, et comme 
pour se prêter à un embranchement, dévie d'abord sensi- 
blement à droite. Ce n'est que vers Montaigu qu'elle re- 
prend sa direction normale et c'est là aussi, près de l'an- 
tique Durinum, sinon à Durinum même, que le chemin 
de Saintes devait s'en détacher. Il y aurait lieu d'en re- 
chercher le tracé depuis Montaigu jusqu'à Ingrande. 



io LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Ingrande est un village de la commune de la Réorthe, 
situé à une demi-lieue, en aval, du confluent des deux 
Lays, sur la rive gauche. Il se trouve exactement sur une 
ligne idéale qui de Montaigu irait au gué de Velluire, où 
la chaussée devait traverser le marais vendéen. 

Le nom même d'Ingrande est une donnée précieuse. Il 
indique non seulement une frontière, mais, en général, le 
point où un chemin, soit gaulois soit romain, passait du 
territoire d'un peuple dans celui d'un autre. Nous trou- 
vons un Ingrande entre les Namnètes et les Andécaves; un 
autre entre les Andécaves et les Turons ; deux entre les 
Turons et les Piclons et un cinquième entre les Pictons et 
les Bituriges. Au premier siècle de notre ère, il est vrai, 
Tlngrande du Lay n'était plus une frontière ; mais le Lay 
antérieurement avait été la limite des Ratiates, un petit 
peuple qui se trouvait compris maintenant dans la cité des 
Pictons. 

Tous les Ingrandes connus sont dans les provinces du 
bassin de la Loire ; mais le même nom se rencontre 
ailleurs sous des formes un peu différentes, notamment 
sous celle d'Aigurande (t). Un des affluents de la rive 
droite de la Charente s'appelle l'Aigurande, dont les éru- 
dits du Cadastre ont fait la Guirlande. Ce petit cours d'eau 
était la limite des Santons et des Cambolectres agési- 
nates et est resté celle des diocèses de Saintes et d'Angou- 



(1) Les constatations consignées dans la première édition de cet ouvrage au 
sujet des ïngrandes ont fourni à MM. Julien Havet et Longnon l'occasion de 
nouvelles recherches toponymiques [Revue archéologique, septembre-décembre 
4893) dont nous profitons ici à notre tour. Sur les Aigurandes du Centre et de 
l'Est, voir Vincent Durand, Observations sur les limites des cités gauloises, 
dans le Bulletin de la Diana, t. VI. 



VOIES PARTANT DE NANTES n 

lême. La Guirande, qui se jette dans la Sèvre au-des- 
sous de Niort et que coupait sur deux ou trois points la 
limite des anciennes provinces de Poitou et de Saintonge, 
a dû de même être la frontière primitive des Pictons et 
des Santons. 

L'Ingrande du Lay, limite des Ratiates et des Pictons, 
est un jalon de la ligne de Nantes à Saintes, mais cette 
voie elle-même est encore à rechercher jusqu'à l'entrée 
du Marais. 

De tout temps deux ou trois chemins, plus ou moins 
praticables, ont traversé le Marais en se tenant sur les 
parties les moins basses (1). L'un d'eux, franchissant la 
Vendée au Gué-de-Velluire et rejoignant la terre ferme à 
Thairé-le-Fagnou, était fréquenté au moyen âge, comme 
en témoignent divers objets recueillis dans le gué (2). 
Cette chaussée, qui, au delà du Marais, porte le nom ca- 
ractéristique de chemin de Charlemagne, est certaine- 
ment la voie romaine. Le Cadastre, qui, de son côté, a 
enregistré les dires des gens du pays, l'appelle chemin de 
Saintes. 

Après Thairé la ligne laisse Saint-Jean-de-Liversay à 
gauche et Saint-Sauveur à droite, puis elle traverse le 
Gué-d'Alleré (3), d'où elle se dirigeait probablement sur 
Vouhé et Surgères, pour rejoindre, vers Lussand ou 
Taillant, la chaussée d'Angers à Saintes. 



(1) Gh, Kstienne, la Guide des chemins de France. Paris. 1552, pp. 201-202; — 
Masse, Mém. sur VAunis et le Bas-Poitou , copie dans D. Fonteneau, t. XXXIV. 

(2) Fillon et de Rochebrune, Poitou et Vendée, t. II, Armes et objets trouvés 
dans le lit de la Vendée. 

(3) Notes communiquées par MM. Alfred Richard et G. Musset. 



12 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Il est à désirer qu'on fasse sur le tracé de cette voie 
des constatations plus précises, mais la première condi- 
tion pour en retrouver les vestiges est de renoncer à l'idée 
insoutenable et très répandue que la mer au temps des 
Romains couvrait encore le Marais. 

Par Saintes Nantes était en rapport direct avec Bor- 
deaux. 

IL — NANTES à PÊRIGUEUX, 

par Rom. 

Nantes à Rom, Rauranum. — Partant de Nantes, la 
chaussée passe auxSorinières et près du château de Touf- 
fou, au Bignon, au Pâtis-de-Vieillevigne (1), au sud de 
Montaigu, à Saint-Georges, anciennement Durinum, à 
Bazoges, aux Herbiers, à l'est d'Ardelay, à Boisjoly, à la 
Blinière, tout près de Pouzauges, au Vieux-Pouzauges, à 
Montournais etàSaint-Pierre-du-Chemin, qui doit à cette 
circonstance la seconde partie de son nom ; puis elle longe 
au sud-ouest la forêt de Chantemerle et coupe près de . 
l'Absie la ligne d'Angers à Saintes, dont nous aurons à 
nous occuper tout à l'heure. 

11 est à remarquer que les foires les plus renommées 
du Bocage, celles de Montaigu, les Herbiers, Saint-Mi- 
chel-Mont-Mercure, Pouzauges, Saint-Pierre-du-Chemin, 
Chantemerle et l'Absie, se tenaient le long ou à proximité 
de cette route. 

Après l'Absie, la voie traverse la forêt de Secondigny, 

(1) Bizeul, De quelques voies rom. du Poitou se dirigeant vers Nantes. Nantes, 
1844, p. 73. 



VOIES PARTANT DE NANTES i3 

passe au sud d'Alonne, au nord de la Boissière et de Ma- 
zières, au sud de Verruyes et à Saint-Georges-de-Noisné. 

Ce long tronçon de Nantes à Saint-Georges, reconnu 
depuis longtemps, a presque toujours été pris pour la 
ligne de Poitiers. Nous verrons bientôt que celle-ci, sui- 
vant une autre direction, était à la fois plus courte et 
moins accidentée. 

La chaussée, après s'être longtemps tenue sur la ligne 
de faîte qui départit les eaux de la Sèvre Nantaise et du 
Thouet et celles du Lay, de l'Autise et de la Sèvre Nior- 
taise, descend dans la vallée du Ligueure, qu'elle tra- 
verse au pont de Maunay. En remontant la côte sur la 
rive gauche on pouvait encore, il y a une vingtaine d'an- 
nées, constater, dans la haie, l'existence de hautes dalles, 
plantées de champ, et qui étaient les anciens accotements 
de la chaussée. Elle devait franchir la Sèvre à Saint- 
Maixent, remonter aussitôt sur le plateau, passer près de 
Souvigné et de Fontfreroux et arrivera Massient, dans la 
commune d'Exoudun, où nous la retrouvons et d'où elle 
se rend presque en ligne droite à Rom. 

La largeur de l'empierrement mesurée en un point 
où ses accotements sont conservés, entre Vançais et Rom, 
est de trois mètres trente centimètres seulement. 

A la Roche-Goupilleau le souterrain qui a donné son 
nom au village avait été creusé en partie sous la voie ; 
un effondrement de la voûle a depuis fait dévier le 
chemin au sud. Un peu plus loin, sur le revers occi- 
dental de la vallée de Charentour, la chaussée s'est 
changée en ravin et les longues pierres qui formaient 
autrefois l'accotement saillent maintenant, à demi déra- 
cinées, en haut du talus. La voie arrivait au pont de Rom, 



i4 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

au sommet du coude de la Dive, où elle rencontrait celle 
de Poitiers. Depuis La Roche-Goupilleau, c'est-à-dire 
depuis deux ou trois kilomètres, il y avait un autre chemin 
plus direct, qui devait servir habituellement lorsque la 
Dive était à sec(l). 

Rom à Périgueux. — De Rom, la chaussée se dirigeait 
en ligne droite versRuffecet on continue à la suivre faci- 
lement, soit sur le terrain, soit sur la carte. A la fin du 
moyen âge, les villages de laGirardière et du Breuil ont 
été bâtis sur la voie même; mais dans les champs et les 
jardins du Breuil on en a retrouvé l'empierrement avec 
ses bordures de pierres debout, et la ligne qu'elle suivait, 
aujourd'hui purement idéale, sert toujours de limite aux 
paroisses de Messe et de Brux. 

Plus loin, à partir de Tagné.la chaussée a été supprimée 
depuis la création de la grande route de Paris à Bor- 
deaux, dont elle était très rapprochée ; mais on en suit 
encore facilement la direction au milieu des champs, où 
se trouvent maintenant les limites de plusieurs paroisses 
et celles de beaucoup d'héritages, qui étaient autrefois 
formées par le chemin. Les haies qui la bordaient sont 
restées çà et là, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et par- 
fois des deux. On la reconnaît même dans la plaine cul- 
tivée, soit à la couleur, soit à la forme bombée du terrain. 
Dans deux ou trois bouquets de bois elle a conservé une 
partie de son empierrement avec ses bordures. 

Les anciens titres la désignent sous le nom de Chemin - 
Chaussé. 

Se rapprochant de plus en plus de la route nationale, 

(1) A. -F. Lièvre, Notes sur Couhé et ses environs, p. 164. 



VOIES PARTANT DE NANTES i5 

elle finit par la couper à angle très aigu aux Maisons- 
Blanches. 

De l'autre côté du village et jusqu'à la forêt de Ruffec, 
elle a été presque partout supprimée, parce qu'elle ne 
s'éloignait pas de plus de deux cents mètres de la nouvel- 
le route; mais son tracé est toujours reconnaissable. 

De Rom à la forêt de Ruffec, c'est-à-dire sur un par- 
cours de vingt-cinq kilomètres, la voie était tirée au cor- 
deau. 

Dans la forêt, son assiette a été empruntée par la nou- 
velle route. Elles traversent ensemble la ville et passent 
au village de la Chaussée. Aux Nègres et à Touchimbert, 
elles s'écartent un peu, mais se rejoignent bientôt. 

Cette portion de la ligne est mentionnée dans plusieurs 
titres des xiv e et xv a siècles, cités par D. Fonteneau (1) : 
Via publka de la Chassaude, en 1390 et 1396 ; Viapubli- 
ca de la Chaussade, en 1428 ; Via publka de la Chaussa- 
de, en 1459 ; Chemin de laChaussée, en 1498 ; mais le sa- 
vant bénédictin s'est trompé sur la direction de la voie, 
d'abord entre Vivonne et les Maisons-Blanches, et ensuite 
au delà de Mansle, d'où il la conduit à Angoulême. 

Une charte de l'abbaye de Nanteuil, de 1172 (2), don- 
ne ce chemin comme limite d'un domaine du monastère 
près des Défends , dans la paroisse de Fontenille : « deu 
De/es usque ad viam quœ nominatur la Chaucada. » M. Mi- 
chon (3) a cru à tort que dans ce texte il s'agissait d'une 
chaussée allant de Chassenon à Aunay, chaussée qui, du 
reste, n'existe pas. Celle que nous suivons est mentionnée, 



(1) Mémoires de la Société des antiquaires de V Ouest, II, 101. 

(2) Gallla christiana* II, Instrumenta, col. 380. 

(3) Statistique monumentale de la Charente, p. 161 . 



i6 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

en 1458, dans un autre titre qui ne laisse aucun doute 
sur sa direction : Chemin de la Chaussade jusqu'au grand 
pont de Mansle. Depuis la fin du xv e siècle, c'est le nom de 
chemin de la Chaussée qui prévaut (1). 

La voie, qui franchissait la Charente à Mansle, avait 
été tracée de façon à ce que de la Loire à Périgueux elle 
n'eût pas d'autre cours d'eau important à traverser. De 
là, elle se dirigeait en droite ligne sur Montignac. Le che- 
min actuel, sansjamais s'en écarter de plus de deux cents 
mètres, la laisse d'abord à gauche et ensuite à droite. 
Déjà vers la fin du moyen âge elle était sortie de son 
axe. Ce déplacement donna lieu à un procès entre les 
seigneurs de Montignac et du Maine, dont elle séparait 
les possessions dans la Boixe. Vers 1460, les parties ad- 
verses, qui étaient Jean de la Rochefoucauld et l'évêque 
Robert de Montbron, se transportèrent sur les lieux, en- 
tendirent le témoignage des vieillards du pays et, après 
s'être mis d'accord, firent venir les jeunes bergers qui 
gardaient leur bétail dans la forêt et procédèrent en leur 
présence à la plantation de « boynes » ou bornes; puis, 
afin « qu'ils en eussent souvenance, dit le procès-verbal, 
leur firent manger de la fouasse, boire du vin et leur don- 
nèrent à chacun deux ardits ». Soixante ans après, lors 
d'une nouvelle enquête, Fun de ces témoins se souvenait 
très bien avoir mangé de la fouace, mais non d'avoir vu 
planter les bornes. L'ancienne chaussée était dès lors 
si bien oubliée que ce fut la nouvelle charrière qui fut 
considérée comme limite (2). 

Plus loin, dans un canton de la Boixe nouvellement 

(1) A. -F. Lièvre, Exploration archéologique de la Charente, 1, 15G et 199. 

(2) A.-F. Lièvre, Exploration archéologique de la Charente, I, p. 15. 



VOIES PARTANT DE NANTES 17 

déboisé, on reconnaît encore la voie à quelques pas à gau- 
che du nouveau chemin, qui, à la lisière de la forêt, lui a 
emprunté un remblai pour franchir une petite vallée. De 
là elle arrive, en se tenant à mi-côte, dans le haut du 
bourg de Saint-Amant et va ensuite toucher la Charente 
à Montignac. 

Du xii* au xv e siècle, la section de Mansleà Montignac 
est très souvent mentionnée dans les chartes sous le nom 
de Chaussade ; el aux xv e et xvi e , sous celui de grand che- 
min de la Chaussée. 

En venant passer à Montignac, la ligne que nous suivons 
a, depuis Mansle, infléchi à l'ouest et allongé son parcours 
de quatre ou cinq kilomètres. Cette déviation a eu pour 
but, comme nous le verrons plus tard, de desservir une 
localité importante, située à six ou sept milles, de l'autre 
côté de la rivière, sur le chemin de Saintes. 

En sortant de Montignac, la voie remonte sur le plateau 
et tend à reprendre sa première direction. Elle se dirige 
par Beauregard,le pont de Churet, les Blanchetaux et la 
Simarde, sans déviations bien sensibles, jusqu'au Puy-de- 
Nanteuil. Elle évite la Touvre en passant au-dessus de 
ses sources et laisse Àngoulême à dix kilomètres à l'ouest. 

Au delà du Puy-de-Nanteuil, la chaussée, se tenant sur 
le faîte du plateau qui sépare la vallée de l'Échelle de celle 
du Bandiat, laisse à gauche la Braconne, longe à l'est la 
forêt de Bois-Blanc et arrive ainsi en ligne droite jusque 
près de Bouex. Dans quelques endroits et depuis quelques 
années seulement, elle a été détruite par les empiétements 

des riverains ; mais elle figure sans interruption sur le 

2 



18 LES CHEMINS GALLOIS ET ROMAINS 

cadastre, et l'état-major la reproduit comme chemin 
rural. 

Nous avons, à diverses reprises, cherché son prolonge- 
ment au delà de Bouex. Le terrain v est accidenté, ce 
qui a obligé le chemin à décrire des courbes. En outre, 
les plateaux y sont recouverts d'un dépôt tertiaire fort 
épais, qui était une mauvaise assiette pour la chaussée, et 
où elle a dû s'effondrer assez vite dès qu'on a cessé de 
l'entretenir. 

A cette difficulté de la reconnaître dans la direction 
normale se sont ajoutées des recherches en pure perte 
sur une fausse piste où nous avions été entraîné sur la 
foi d'un document du XV e siècle. Plusieurs pièces citent 
« le grand chemin de la Chaussade allant du Quaireux à 
Bouex », ce qui est exact; mais une autre, de 1497, parle 
de la Chaussade comme allant de Bouex au Pont-Sec, ce 
qui en changerait brusquement la direction et conduirait 
la voie dans la vallée du Bandiat (1). Cette indication est 
fournie par un plaideur, et il faut en conclure seulement 
que dès cette époque il y avait des doutes sur la direction 
de la voie au sud de Bouex. 

Nous pensons que, continuant à se tenir, autant que 
possible, sur les hauteurs et gardant sa première direc- 
tion, elle passait entre Sers et Vouzan, à TÉpeau, entre 
Pacaud et les Forêts, à Grosbot et à Charras. Dans le 
Périgord elle va des Graftlges à Saint-Crépin de Riche- 
mont, passe à Brantôme et arrive à Périgueux par Châ- 
teau-l'Evêque. 

C'est à cette ligne, et non à celle de Saintes, qu'a dû 

(1) Arch. départ, de la Charente, Fonds de Saini-Cybard, Bouex. 



VOIES PARTANT DE NANTES 19 

appartenir une borne milliaire trouvée dans le vallon de 
Vignéras et conservée au musée de Périgueux. Elle est 
dédiée à l'empereur Florian et date, par conséquent, de 
Fan 276(1). 

III. — NANTES à LIMOGES, 

par Rom et Chassenon. 

La ligne que nous venons de parcourir suit jusqu'à Kom 
une direction qui semblait devoir nous conduire à Limoges 
plutôt qu'à Périgueux, et nous sommes porté à croire 
qu'elle se prolongeait, en effet, de ce côté ; mais nous 
n'en avons trouvé aucune trace certaine avant Charroux. 

Il y a bien un vieux chemin, autrefois très fréquenté, 
notamment par les sauniers, qui de Rom va à Charroux 
et se poursuit assez loin au delà vers le sud-est ; il incline 
ensuite au sud, en se tenant sur l'étroit plateau qui sépare 
la Charente de la Vienne. Ce chemin, qui depuis Char- 
roux est certainement une ancienne voie romaine, a pu 
appartenir aussi bien à une ligne de Nantes à Limoges 
qu'à celle de Poitiers à Périgueux, que nous décrirons 
plus loin. En réalité, ce tronçon a dû être commun. Il 
empruntait, avant d'arriver à Chassenon, la ligne de Sain- 
tes à Limoges. 

IV. - NANTES. à, POITIERS, 

par Seg-ora. 

Nous décrirons cette ligne plus loin en partant de Poh 

(i) Congres archéologique de France, XX V e session, 12. 



*o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

tiers, ce qui nous permettra de déterminer plus facilement 
la position de Segora, ainsi que le point précis où la 
chaussée passait de la cité des Pictons dans celle des 
Namnètes. 



7. — NANTES, portus Namnetum, à ANGERS, Juliom&gus 

• 

Cette ligne est en dehors du champ d'exploration que 
nous nous sommes assigné ; nous l'indiquons cependant 
ici, parce qu'elle n'en est séparée que par la Loire et 
qu'elle reliait deux capitales voisines de chez nous et où 
nous serons plus d'une fois ramenés par d'autres voies tra- 
versant notre propre territoire. 

Dans les deux premiers tiers de son parcours, c'est-à- 
dire jusqu'à Ingrande, le tracé de la voie est fort incer- 
tain. 

Ingrande était, comme son nom l'indique, une frontière, 
celle des Namnètes et des Andécaves. Guyet, dans sa carte 
d'Anjou, de 1591, a dessiné près de celte bourgade une 
borne et a inscrit à côté cette mention : Saxum hoc Britan- 
nïeet Andegavensium confinia dividit. Cette pierre, figurée 
également sur une carie de 1630 et plusieurs fois men- 
tionnée dans les documents angevins du moyen âge, est 
un ancien milliaire ou une borne qui en a pris la place. 
Elle est encore debout au milieu du bourg et remplit au- 
jourd'hui, entre deux départements, la même fonction 
qu'autrefois entre deux peuples. 

A la Chaussée, près d'Ingrande, la voie était encore 
reconnaissable il n'y a pas longtemps et le nom même de 
ce village est un souvenir de son passage. Elle y atteint le 



VOIES PARTANT D'ANGERS ai 

sommet d'une forte courbe que fait la Loire et, se diri- 
geant de là en droite ligne sur Angers, elle passe par la 
Rue-Courbée, Réveillon et la Chaussée, longe la forêt de 
Récon, traverse celle de Lignières, arrive à la jonction 
des routes de Nantes et de Rennes et pénètre dans la ville 
sans avoir fait l'angle que décrit la route moderne. 

Cette longue section rectiligne atteste l'origine romaine 
de la voie ; mais au moyen âge on paraît avoir préféré un 
autre chemin qui, partant de Nantes, aurait suivi la rive 
gauche delà Loire jusqu'à Chalonnes, où il aurait franchi 
le fleuve pour remonter jusqu'à Angers par la rive droite 
et la vallée de la Maine, en passant par Savennières. C'est, 
dit-on, pour protéger cette route que fut élevé, au xn* 
siècle, le château de la Roche-aux-Moines : ad tuitionem 
itineris quo itur ab Andegavi civitate Namnetum strata 
publica (1). 

Par Angers Nantes communiquait avec Tours et Rour- 
ges. 



II 



VOIES PARTANT DANGERS 



I. - AMERS à NANTES 



A été décrite ci-dessus, pp. 20 et 21 . 



(i) D. Bouquet, Rec. des Hist. des Gaules>XV\l, 92. — C. Port, Dictionnaire 
de Maine-et-Loire^ art. Savennières. 



22 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 



IL — AMERS, Juliomagus, à SAINTES, 

par Saint-Clémentin. 

Cette chaussée remplaça sans doute le chemin gaulois 
que Crassus dut suivre lorsque César, au cours de sa troi- 
sième campagne, se trouvant chez les Andes, le dépêcha 
dans le Midi pour contenir les Aquitains. 

Jusqu'ici on n'avait étudié cette voie que sur une lon- 
gueur de quelques lieues, au sud de la Sèvre, et on suppo- 
sait bien que, d'un côté, elle allait vers Saintes (1), mais 
on nesoupçonnaitpasque,de l'autre, elle venait d'Angers. 
Il était cependant facile de le reconnaître. Il suffisait pour 
cela de continuer les recherches dans chaque sens sur le 
prolongement direct du tronçon déjà connu. Considérée 
dans son ensemble, cette chaussée est, en effet, la plus 
droite de toutes celles de l'Ouest : sur un parcours de 
dix-huit à dix-neuf myriamètres, elle ne s'écarte nulle 
part de plus de trois kilomètres d'une ligne idéale allant 
des Ponts-de-Cé à Saintes. 

Angers à Saint- Glémentin, Segora. — La voie fran- 
chissait la Loire aux Ponts-de-Cé. Il y a une trentaine 
d'années on voyait encore sur la rive gauche du fleuve 
les restes d'une longue jetée, qui autrefois faisait suite au 
pont, et qui, de l'extrémité occidentale de l'île Gemme, 
remontait vers Juigné (2), où les lignes de Poitiers et de 
Saintes se séparaient, après avoir traversé la vallée sur 
une chaussée commune. 



_ t'I) Lary, Mémoires delà Société de statist. des Deux-Sèvres, V, 30. 
(2) C. Port, Dintionn. hisl. de Maine-et-Loire, art. Aireaux. 



VOIES PARTANT D'ANGERS • 2 3 

Le tracé de celle de Saintes n'est d'abord pas bien sûr. 
Nous croyons qu'elle se dirigeait, par Vauchrétien et 
Thouarcé, sur Montiliiers ; mais d'abondants vestiges ro- 
mains, témoignant de l'existence ancienne d'un centre de 
population à Allençon (1), pourraient faire croire aussi 
que la voie faisait un léger détour pour desservir cette 
localité, qui paraît avoir eu à cette époque une certaine 
importance. 

Quoi qu'il en soit sur ce point, la ligne à partir de Mon- 
tiliiers se dirigeait droit vers le sud et, laissant Vihiers à 
l'ouest, gagnait Saint-Maurice et Étusson, puis arrivait à 
Saint-Clémentin, autrefois Segora (2). 

Cette section de Juliomagus à Segora est indiquée sur 
la Table de Peutinger. Ilsuffit de jeter les yeux sur ce do- 
cument, aussi étrange que précieux, pour reconnaître le 
motif qui a empêché son auteur de prolonger sa ligne 
jusqu'à Saintes. Dans son singulier système figuratif, où 
tout est déprimé du nord au sud et allongé de l'est à 
l'ouest, le sinus aquitanicus s'avance, comme un long bras 
de mer, entre Angers et Saintes, jusque tout près de 
Poitiers. Pour mener sa chaussée jusqu'à Saintes, le dessi- 
nateur aurait dû, par conséquent, la tracer à travers le 
golfe d'Aquitaine. Malgré toutes les libertés qu'il se donne 
à chaque instant, il n'a pas osé prendre celle-là et il a ar- 
rêté son tracé à Segora, au croisement de la voie de 
Poitiers à Nantes. 

Saint-Clémentin à Saintes» — Les deux lignes, quoi- 



(1) G. Port, Dictionn., art. Allençon, Châtres et Chavagnes. 
(±) Lièvre, Revue archéol., III» série, t. XVIII,p. 231 : Segora. — V. ci-après 
pp. 40-46. 



24 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

que perpendiculaires Tune à l'autre, franchissent l'Argent 
sur le même pont, à côté de Voultegon, et celle de Saintes, 
reprenant aussitôt sa direction, va passer au Breuil- 
Chaussée, près de Bressuire. 

On a depuis longtemps admis que le Breuil doit le com- 
plément de son nom au passage d'une voie romaine ; 
mais en même temps on a toujours supposé que cette voie 
était celle de Poitiers à Nantes, dont on ne pouvait d'ail- 
leurs trouver aucune trace. Personne n'a songé à la 
chaussée qui traverse le bourg du nord au sud. 

De là elle arrive, par Clazais et Courlais, à l'Absie, où 
elle croise celle de Nantes à Rom. 

Au sortir de la Gâtine on la retrouve entre Sainl-Laurs 
et Ardin. Près d'Ardin, sur la hauteur, au croisement de 
la route de Coulonges, on a reconnu, il y a une cinquan- 
taine d'années, des vestiges de constructions romaines (1). 

Sa direction générale et des amorces de chaque côté 
du marais nous porteraient à croire qu'elle franchissait 
la Sèvre à Coulon. Nous devons ajouter pourtant que des 
restes importants d'une chaussée ont élé constatés aux 
abords de Tîle de Magné, qui un peu plus haut divise la 
rivière en deux branches. Cet ancien chemin, d'après 
M. Lary (2), traversait la première près de Monpensé et, 
après avoir passé à Magné et devant la chapelle de Sainte- 
Macrine, coupait le second bras de la Sèvre au gué de 
Mennevau, où « l'empierrement, dit-il, n'a pas moins de 
400 mètres de long sur une largeur de douze à quinze 
mètres ». Ce gué pavé, d'après M. Van der Cruyssen, était 

(1) Note de M. Van der Cruyssen. 

(2) Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres , V, 30. 



VOIES PARTANT D'ANGERS 2 5 

protégé contre le courant par une armature de grosses 
poutres de chêne. Outre ces gués, M. Edmond Roy a cons- 
taté dans larivière, en amont de Coulon, l'existence d'an- 
ciens travaux dont la nature est assez difficile à détermi- 
ner, ettout près de là on a découvert deux pirogues creu- 
sées dans des troncs de chêne, des objels en fer, en os, 
en bronze et quelques médailles romaines (1). 

Quoi qu'il en soit du point précis où le chemin coupait 
la Sèvre, il se retrouve dans sa première direction entre 
Sansais et le pontd'Épannes. 

La ligne d'Angers à Saintes, en passant ainsi, sans se 
détourner, à deux lieues de Niort, témoigne du peu d'im- 
portance de cette localité à cette époque, de même qu'en 
franchissant le marais en aval elle donne un démenti à 
ceux qui ont prétendu que la mer montait jusqu'à cette 
ville au temps des Romains. 

' » r 

D'Epannes à la Roche-Enard et de la Roche-Enard à 
Usseau, la chaussée, toujours droite et généralement plus 
élevée que les terrains riverains, est presque partout re- 
connaissable. 

Dans les communes de Marsais et de Saint-Félix, elle a 
laissé son nom aux villages de la Petite et de la Grande- 
Chaussée. Entre Usseau et la Petite-Chaussée, elle formait 
autrefois la limite de l'Aunis et de la Saintonge. 

En défrichant un bois dans la vallée de Malvau, on a 
découvert, à trente mètres de la route moderne, un tron- 
çon de deux cents mètres de l'ancienne chaussée. L'em- 
pierrement, dit M. Lary, avait quatre mètres de largeur. 

La ligne traverse Lussaud et Landes, franchit la Bou- 

(1) E. Roy, Revue de VAunis, de la Saintonge et du Poitou, ann. 1869, p. 15. 



26 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

tonne près de Torxay, laisse à gauche les Andouins, passe 
à un nouveau village de la Chaussée, situé sur la limite de 
de la commune de Taillebourg, et arrive à l'ancien pont 
de Saintes. 

Prolongée jusqu'à Bordeaux, la voie que nous venons 
de suivre mettait Angers en communication directe avec 
les Bituriges Vivisques. Nous décrirons plus loin cette 
dernière section. 



III. — AMERS à PERIGUEUI 

Nous rechercherons plus loin, en partant de Périgueux, 
les indices d'une voie directe entre cette ville et la capi- 
tale des Andécaves. 

IV. - ANGERS à POITIERS 

Deux chemins mettaient Angers en communication avec 
Poitiers, l'un par Doué, l'autre par Gennes. Tous deux 
partaient du carrefour de Juigné, au sortir des Ponts-de- 
Cé, et allaient à Saint-Jouin s'embrancher avec la ligne 
de Nantes à Poitiers, qui se prêtaità cette combinaison en 
infléchissant légèrement au nord. 

On a reconnu des traces de la première de ces voies à 
Brissac, aux Alleuds, à Saulgé-1' Hôpital, Noyant et Am- 
billou (1) ; mais nous ne saurions dire si, au delà de Doué, 
elle se dirigeait sur Saint-Jouin, en laissant Thouars un 
peu à droite, ou si elle passait par Montreuil-Bellay et 
rejoignait l'autre chemin vers Aubigné. 

(1) G. Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire, art. Alleuds, Saulgé, Ambillou. 



VOIES PARTANT D'ANGERS 27 

La seconde chaussée, qui était peut-être la principale > 
bien qu'un peu plus longue, et qui en tout cas est la mieux 
conservée, desservait de nombreux centres de population 
échelonnés le long de la rive gauche de la Loire et de la 
Dive. 

Entre Juigné et Coutures elle était connue, au moyen 
âge, sous le nom de chemin d'Angers. Avant d'arriver à 
Gennes elle se rapproche de la Loire pour se tenir en- 
suite sur les hauteurs qui la] dominent. Gennes, qui au 
temps de Grégoire deToursn'étaitplus qu'un gros bourg" 
Geinensis vicus, fut sous les Romains une petite ville pros- 
père, ayant un théâtre, taillé dans la colline, des bains, 
un aqueduc et un temple. 

La chaussée passe à côté de Chênehutte, ancien refuge 
gaulois, qui, après la Conquête, fut occupé par une popu- 
lation sédentaire de quelque importance et sous les Mé- 
rovingiens donna son nom à la contrée environnante, 
Carnonensis pagus. Au commencement du xi e siècle, un 
viguier y eut sa résidence ; mais cinquante ans plus tard 
l'endroit était lui-même compris dans la viguerie deSau- 
mur. Depuis, il n'a fait que décliner, au point de n'être 
plus aujourd'hui qu'une simple ferme, et il n'est pas sûr 
que dans sa ruine cette vieille localité n'ait pas perdu jus- 
qu'à son nom. Si, en effet, on reconnaît Chênehutte dans 
le Canehuta du xn e siècle, et celui-ci dans le Canautia 
ou Caneutia du xi e , il n'est pas aussi facile de faire déri- 
ver Canautia ou Caneutia de Carnona ou Carnon, qu'on 
trouve dans Grégoire de Tours et les documents des 
ix e et x e siècles (1). 

(i) G. Port, Dictionn. de Maine-et-Loire, art. Chênehutte. 



28 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Saumur existait au temps des Romains; mais la voie, 
qui n'aurait pu y arriver et en sortir qu'à la condition de 
franchir deux fois le Thouct et de revenir presque sur 
elle-même, le laisse à une demi-lieue sur la gauche. Elle 
passe près de Bagneux, qui en était pour ainsi dire un 
faubourg et où ont été découverts de nombreux vestiges 
romains. 

La chaussée traverse un petit affluent du Thouet à 
Munet et le Thouet lui-même près de la Motte, puis elle 
arrive à Saint- Just, où l'on a trouvé le curieux outillage 
d'un charpentier romain avec son ménage, son petit pé- 
cule e! une trompette (1). Elle se dirige ensuite, par les 
bois de Méron, le village de Meigné et la plaine, sur 
Antoigné, où elle recevait peut-être la voie de Doué. 

De là, après avoir, pendant quelques kilomètres, longé 
la vallée de la Dive, elle remonte dans la plaine, et, lais- 
sant Laire à gauche et Oiron à droite (2), elle va se con- 
fondre, à Tentrée de Saint-Jouin, avec la ligne de Nantes 
à Poitiers, que nous étudierons plus loin. 

Depuis Gennes, le chemin que nous venons de suivre 
traverse une contrée où, à côté des vestiges romains, 
abondent ceux d'un âge antérieur, les menhirs, les dol- 
mensetlestumulus, attestant qu'elle était depuis longtemps 
très peuplée. Vers Coutures, au contraire, sur les plateaux, 
c'est peut-être la route elle-même qui, par lesdébouchés 
qu'elle ouvrait, détermina les défrichements dont témoi- 
gne le nom même de cette localité. 

Par Poitiers, Angers était en communication avec Li- 

(1) C. Port, Dictionn., art. Saint-Just. 

(2) Ch. Arnauld, Mém H de la Soc. de slatist. des Deux-Sèvres, 1862, p. 252. 



VOIES PARTANT DANGERS 29 

mogeset, moins directement, avecPérigueux. Nous recher- 
cherons plus loin les traces qui pourraient subsister d'un 
chemin plus court entre la capitale des Andécaves et 
celle des Pétrocores. 



7. — AMERS, Juliomagus, à TOURS, Gmsarodunum, 

par Robrica. 

La Table de Peulinger figure une ligne entre la capi- 
tale des Andécaves et celle des Turons, avec une station 
appelée Robrica. 

On a parfois cherché cette mansion au sud de la Loire; 
nous croyons que c'est à tort, puisque la chaussée elle- 
même se trouve sur la rive droite. On la reconnaît en- 
core facilement dans la plus grande partie de son 
parcours. 

D'Angers à Beaufort, son tracé, assez tortueux, ne 
différait pas beaucoup de celui de la route moderne. 
Elle passait à Andard, où, en faisant des défrichements, 
dans le premier quart de ce siècle, on a mis au jour « un 
massif ou pilier carré en pierres, de cinq mètres sur 
chaque face, en maçonnerie pleine, entouré d'un retran- 
chement ou chemin de ronde, large d'un mètre (1) ». 
Il n'est pas difficile de reconnaître dans cette description, 
quelque brève qu'elle soit, une pile du genre de celle de 
Saint-Mard et de beaucoup d'autres que nous rencontre- 
rons sur le bord des voies romaines. 

La chaussée, contournant l'Authion, desservait Corné 
et Mazé et ensuite Beaufort, où abondent les vestiges rô- 
ti) C. Port, Dictionn., art. Andard. 



3o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

mains, puis elle s'engageait dans les marais, où, il y a un 
demi-siècle, elle servait encore de « levée de défense 
contre l'Authion (1) ». Sur la carte elle forme une longue 
ligne droite allant du nord-ouest au sud-est et passant à 
trois kilomètres de Longue. Deux hameaux lui doivent 
leur nom: le Haut-Chemin et la Chaussée; peut-être 
aussi celui de la Tranchée. Elle passe près de Vîvy, puis 
à Allonnes. Au delà, un second village de la Chaussée est 
comme un jalon qui aide à en suivre la direction. Elle 
traverse Bourgueil, Restigné et Tngrande et longe ensuite 
la vallée de la Loire jusque vis-à-vis de Tours. 

Ingrande était la frontière des Andécaves et des Tu- 
rons. Les diocèses d'Angers et de Tours, ainsi que les 
provinces d'Anjou et de Touraine, ont conservé cette 
ancienne limite jusqu'à la Révolution. 

La longueur de la ligne que nous venons de suivre est 
d'environ cent huit à cent dix kilomètres, équivalant à 
peu près aux quarante-six lieues de la Table (112,056 m.), 
qui place Robrica àxvn lieues (41,412 m.) d'Angers et 
à xxix lieues (70,644 m.) de Tours. D'après ces données, 
la station aurait été vers Bois-Charneau ou les Quatre- 
Chemins, au sud-ouest de Longue. La Commission de la 
Topographie des Gaules a identifié Robrica avec Vivy, 
qui, même en admettant l'évaluation qu'elle donne à la 
lieue gauloise, ne répond à aucune des données du 
problème. 

Par Tours, la capitale des Namnètes et celle des Andé- 
caves communiquaient avec Bourges. 

(1) C. Port, Diclionn., art* Beaufort ot Longue; — Bodin, llist. de Saumur, 
1,56. 



VOIES PARTANT DE TOURS 



III 

VOIES PARTANT DE TOURS 



I. - TOURS à ANGERS 

Décrite ci-dessus, pp. 29 et 30. 

Par Angers Tours communiquait avec Nantes. 

IL — TOURS, Gmarodunum, à POITIERS, Limonum 

Cette ligne figure sur la Table de Peutinger. 

Usée, comme elles le sont toutes aux abords des villes, 
et probablement recouverte en partie par une chaussée 
moderne, l'ancienne voie ne se laisse soupçonner qu'à 
partir du village de la Carte et son tracé ne devient cer- 
tain qu'à Pont-de-Ruaii, où elle traverse l'Indre. 

Ruan est une des bourgades où, dans la première 
moitié du cinquième siècle, l'évêque Brice construisit 
une église dont, au rapport de M. Bourassé (1), quelques 
pans de murs ont été conservés dans une reconstruction 
du moyen âge. M. Ponton d'Amécourt (2) attribue à cette 
vieille localité une monnaie mérovingienne portant la 
légende Rotomus. Grégoire de Tours, qui avait cette 
paroisse dans son diocèse, l'appelle Rotomagus (3). Ce 



(1) Mémoires delà Société archéologique de Tour aine, V, 12. 

(2) Annuaire de la Soc. de Numismatique et d Archéologie, année i870* 

(3) Historia Francorum, lib. X, c. xxxi. 



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Apr-:* a%oïr traversé îiV;ecae à C^c:n. iî L : zne ren- 
co!.\zh>H «ne pelîî^ ^il>. d:nt les ruines si-nL ajji-jrdhuî 
conn *fr* *ôuî k- n>2a %e Vîea\-P::î:ers. miis qjî sap- 
yù\X alor* Br\co. comcrie ea léaioLne une inscription 
^é'ebre. à Y+fiii'ï'.l* n jus crovons a*o:r renia s-jn véri- 
table ^:n* 2 . Briva éUil le chef-lîea d'une peuplade ou 
lAhUA d'une tribu, celle des Brivales. qui aTaient été ainsi 
nornrn-:* précisément parce que c'était chez eux que le 
cbeaiin de Tours à Poitiers passait la Vienne. 

La chaussée longeait ensuite la Tallée du Clain jusqu'à 
Poitiers, en se tenant tantôt sur le plateau, tantôt à 
mi-côte. 

M, La Saijva^én*, Recueil ^antiquités, 1Ô3 et 171- 

'2, />* Menhir du Vieux-Poitiers, Ratis Brivatioui. Poitiers, 1S90. 



VOIES PARTANT DE TOURS 33 

De Tours à Poitiers il y a, d'après la Table de Peu- 
tinger, 42 lieues, qui, à 2,436 mètres, font 102,312 
mètres. Mesurée sur la ligne que nous venons de suivre, 
la distance est, en effet, d'environ 102 kilomètres et trois 
hectomètres. 

On a retrouvé à l'état de sarcophages, dans le cimetière 
de Cenon, quelques-unes des bornes milliaires qui 
autrefois étaient sur le bord de la voie. Les plus anciennes 
sont au nom d'Antonin le Pieux et datées de son troi- 
sième consulat : il v en a une dédiée à Constance Chlore 
et une autre à Galère. Ces deux dernières se rapportent 
à une réfection de la chaussée, peut-être même à une 
simple restauration des milliaires. Quant à celles d'An- 
lonin, elles nous reportent probablement à la construction 
même de la voie, ou, pour mieux dire, à la rectification 
et à l'empierrement de l'ancien chemin gaulois de 
Tours à Poitiers. 

Sur l'une des bornes d'Antonin on lit : iAu[onum) 
x; fjn(&?)vi (1). Ces deux chiffres additionnés donnent 
16 lieues comme distance de la capitale des Pictons à la 
limite de leur territoire et nous portent à près de deux 
kilomètres au delàd'lngrande. Ce milliaire devait, d'après 
ces indications, se trouver un peu au sud du Vieux- 
Poitiers. 

Une seconde borne d'Antonin, transportée comme la 
précédente au château du Fou, porte : lim.ix; fin. vu (2). 
Elle était, par conséquent, à une lieue delà précédente 
dans la direction de Poitiers. 

Des indications concordantes de ces deux milliaires il 

(1) Lalanne, Hist. de Châte Hérault, I. 89; — Bourignon, le Vieux -Poitiers, 9. 

(2) De Longuemar, Bornes milliaires, p. 6; — Espèra.ndie\i,Epigi*aphiepoilev., 19. 

3 



H LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

résulte qu'anciennement la frontière des Pictons et des 

• 

Turons était à Ingrande ou, pour parler plus exactement, 
au petit ruisseau qui, au nord et non loin du bourg, se 
jette dans la Vienne. Le nom même d'Ingrande rap- 
pelle que cette localité, d'ailleurs sans importance et que 
l'auteur de la vie de saint Léger traite de viculus (1), était 
autrefois une limite. Depuis, le Poitou a empiété d'une 
paroisse sur la Touraine et s'est étendu jusqu'à la 
Creuse. 

La voie de Tours à Poitiers, qui faisait suite à celles 
venant d'Orléans et du Mans, était la principale artère 
entre le Nord et le Sud-Ouest. Elle a vu passer toutes 
les invasions et c'est sur son parcours qu'ont eu lieu les 
grands chocs de 507 (2) et de 732. Dans les temps moder- 
nes, la circulation a abandonné la vieille chaussée, mais 
elle s'en est très peu écartée : de Port-de-Piles à Châ- 
tellerault, la voie romaine, la route royale du xvm e siècle 
et le chemin de fer, parfois contigus, s'éloignent rare- 
ment de plus de cent pas. A partir de Châtellerault et 
depuis la création de cette ville seulement, c'est-à-dire 
depuis le moyen âge, voyageurs et marchandises ont pris 
à suivre la rive gauche du Clain, au lieu de la rive droite. 

Par Poitiers Tours communiquait avec Saintes, Bor- 
deaux et Angoulême. Nous rechercherons plus loin s'il 
subsiste quelques traces de voies plus directes que par 
Poitiers entre Tours et Périgueux, d'une part, Tours et 
Limoges, de l'autre. 



(1) D. Bouquet, Bec. des Historiens des Gaules, II, 625. 

(2) A. -F. Lièvre, Du Heu où Clovis défit Alaric, eu 507. Poitiers, 1873, in-8; 



.J 



I 



VOIES PARTANT DE BOURGES 35 



m. - TOURS à BOUMES 

Cette ligne, qui, avec celles de Nantes à Angers et 
d'Angers à Tours, encadre au nord notre champ d'explo- 
rations, est restée comme elles en dehors de nos recher- 
ches. Elle figure sur la Table avec deux stations, Tasciaca 
et Gabris, mais avec deux distances seulement, alors qu'il 
en faudrait trois. A cette insuffisance s'ajoute probable- 
ment une erreur de chiffres, qui laisse quelque doute sur 
l'identification des deux localités intermédiaires. Le tracé 
enfin n'est pas certain. Nous allons le rechercher sur la 
carte en partant de Bourges. 



IV 
VOIES PARTANT DE BOURGES 

I. — BOUMES, Avaricum, à TOURS, Cœsarodunum, 

par Gabris et Tasciaca. 

Cette voie, figurée sur la carte de l'état-major jusqu'à 
Vierzon, court sur le plateau entre l'Yèvre et le Cher. On 
la perd à leur confluent et nous ignorons si elle passait 
alors sur la rive droite ou restait sur la gauche. 

La Table marque xxim lieues entre Bourges et la station 
de Gabris, que l'on s'accorde à placer à Chabris sur la 
rive gauche du Cher 1). Cette identification est des plus 
plausibles étymologiquement ; mais elle suppose une erreur 

(1) E. Desjardins, la Table de Peutinger^ 37. 






i 



36 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

de chiffres dans la Table, car les xxiv lieues qu'elle donne 
ne font guère plus de 60 kilomètres, c'est-à-dire la dis- 
tance à vol d'oiseau entre Bourges et Chabris, tandis que 
la chaussée, à en juger par le tronçon connu, était assez 
sinueuse. 

D'après la Table il y avait également xxmi lieues entre 
Gabris et Tasciaca, que l'on identifie généralement avec 
Thezée, où se trouvent, sur la rive droite du Cher, des 
ruines romaines importantes. Thezée, comme Chabris, a 
pour lui son nom ; mais la distance entre ces deux loca- 
lités n'est point celle que porte la Table. De l'une àl'autre 
il y a en ligne droite 28 kilomètres, qui font onzelieueset 
demie. Or, quel qu'ail été le tracé de la chaussée il n'est 
pas supposable qu'il ait plus que doublé la distance à vol 
d'oiseau. 

La distance entre lasciaca et Cœsarodunum n'est pas 
marquée. 

Par Tours Bourges communiquait avec Angers et Nan- 
tes. 

IL - BOUR&ES à POITIERS 
Sera décrite tout à l'heure, en partant de Poitiers. 

III. - BOUR&ES à SAINTES 

Bourges pouvait communiquer avec Saintes par Poi- 
tiers. C'est mêmela route qu'indique l'Itinéraire. Mais de 
sérieuxindices nous portent à croire qu'il y avait une voie 
plus directe entre la capitale des Bituriges et celle des 



VOIES PARTANT DE BOURGES 3 7 

Santons. Elle se serait séparée de la précédente à Argen- 
ton. 

Au sud-ouest de cette ville et jusque dans la forêt de 
Saint-Benoît, c'est-à-dire sur une longueur d'environ 18 
kilomètres, JVL de Beaufort (1) a reconnu les traces d'une 
chaussée qu'il a prise pour celle de Limoges, alors qu'elle 
prend exactement la direction de Saintes, en même 
temps qu'elle est le prolongement direct de celle de Bour- 
ges à Argenton. 

D'un autre côté, on voit indiqué dans Cassini un ancien 
chemin allant d'Adriers à Charroux par Saint-Paixent, 
l'Ile-Jourdain, le Vigean et Mauprevoir, qui à son tour 
semble être le prolongement du tronçon décrit par M. de 
Beaufort. 

Enfin D. Fonteneau (2) cite une charte de l'abbaye de Char- 
roux, de 1259, où est mentionné un ancien chemin pavé, 
pavimentum antiçuum, quf traversait cette petite ville et 
pouvait faire partie de la chaussée que nous recherchons. 
Elle allait de là passer la Charente au pont du Breuil, 
composé de deux arches, dont on voyait encore les piles au 
siècle dernier. « Depuis Charroux jusqu'à ce pont, le 
chemin, dit D. Fonteneau, est pavé à l'antique. » Elle 
passe ensuite au village du Breuil, à côté de ceux des 
Vaugelaiset de la Combe, à la Touche et à Lizant, fran- 
chit de nouveau la Charente à Taizé et arrive à Ruffec. 
D. Fonteneau suppose que de là elle allait vers Aunay 
par Villefagnan. Nous sommes porté à croire, au contraire, 
que, si elle ne se rendait pas directement à Saintes, elle 
passait près de Courcôme, où elle aurait laissé son nom 

(1) Mémoires de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, XIX, 207. 

(2) Mémoires de ta Soc. des Antiquaires de l'Ouest , II, 105. 



38 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

au village de la Chaussée et de là arrivait aux Bouchauds, 
où elle aurait rencontré la grande voie de Lyon à la mer* 

IV. - BOURGES à LIMOGES, 

par Argenton . 

Cette ligne est composée de deux sections, l'une de 
Bourges à Argenton, qui sera décrite tout à l'heure, en 
partant de cette dernière ville ; l'autre d'Argenton à 
Limoges, que nous étudierons plus loin. 

Par Limoges Bourges communiquait avec Périgueux et 
Bordeaux. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 



i.— POITIERS, Limonum, à NANTES, portus Namnetum, 

par Saint-Clémentin, Segora. 

Cette voie est marquée sur la Table. On ne pouvait, par 
conséquent, douter de son existence ; mais on s'est pres- 
que toujours trompé sur sa direction, et en la cherchant 
là où elle ne passait pas on s'est mis dans l'impossibilité 
d'identifier d'une façon plausible la mansion de Segora et 
de tirer parti d'une autre donnée également inscrite sur 
la Table. Nous croyons avoir été plus heureux (1). 

L (1) A. -F. Lièvre, Revue archéologique, III e série, t. XVIII, 231 . 



VOIES PARTANT DE POITIERS 3g 

Poitiers à Saint-Clémentin, Segora. — La voie, au 
sortir de la ville, est trop usée pour être reconnaissable à, 
d'autres indices que sa direction. Elle passe à Auxance, 
près de Neuville et à Étables. On la constate d'une façon 
certaine « au milieu du village de Bournezeau,où, d'après 
M. Arnauld (1), on rencontre encore sur plusieurs points 
la chaussée et ses marges» . Elle traverse Bellien, laisse à 
gauche le Puy-Mouron et arrive à la Cueille. « Du Puy- 
Mouron à la Cueille, M. Arnauld a fait exécuter cinq 
fouilles, qui toutes ont, dit-il, mis la voie à découvert avec 
ses marges et son empierrement. De la Cueille, ajoute-t-il, 
ce chemin traverse le bourg de Marnes, où Ton a ren- 
contré assez fréquemment ses traces, puis il vient en ligne 
droite passer devant l'église de Saint-Jouin. » 

Saint-Jouin estl'antique Ension.qui n'a pris sonnom ac- 
tuel qu'au x e siècle. Il se trouve à quinze kilomètres au 
nord de la ligne idéale qui relierait Poitiers à Nantes ; 
c'est le point où la chaussée s'en écarte le plus. Cette 
faible déviation ne s'explique pas seulement par l'avan- 
tage, que nous avons expliqué ailleurs (2), de se maintenir 
en plaine le plus longtemps possible ; elle a aussi pour 
but de se rapprocher d'Angers, afin de desservir cette 
ville au moyen d'un embranchement, que nous avons déjà 
étudié. 

Dans la traversée de la plaine de Noizé, la voie, dit 
M. Arnauld, ne présente plus qu'une espèce de sentier cou- 
vert de pelouse et envahi par des terres en labour. De là 
elle continue vers l'ouest en séparant la commune de 
Maulais de celle de Saint-Géneroux,et après avoir franchi 

(1) Gh. Arnauld, Mém. de la Soc. de statist. des Deux-Sèvres. 1862, p. 251. 

(2) Revue archéologique, III* série, t. XVIII, 233. 



4o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

le Thouel elle rencontre un de ses affluents près du 
hameau de Volubine. Cette section est mentionnée dans 
un aveu de 1568, que cite D. Fonteneau : '< Item Ma- 
thurin et Guillaume les Audouars tiennent une pièce de 
terre plantée en bois, assavoir au Monceau, contenant six 
boisselées environ, tenant au chemin appelé le grand 
chemin de la Chaussée, par lequel on va dudit lieu de 
Monceau au pont de Volubine (1). » Du temps de D. Fon- 
teneau on voyait encore les restes de Tune des piles de ce 
pont. 

Au delà de Volubine la ligne est indiquée sur la carte de 
l'état-major sous le nom « d'ancienne voie romaine». Elle 
passe à Coulonges et à la Chapelle-Gaudin, traverse en- 
suite la Madoire, au pont de Bréchoux, et, un peu plus 
loin, le Douet, puis le Ton, au pont Grolleau, et arrive à 
Voultegon, sans avoir, depuis la bifurcation de Saint- 
Jouin, dévié de plus d'un mille et demi, malgré six ou sept 
ruisseaux à franchir et leurs berges à remonter. 

Le petit bourg de Voultegon a ceci de particulier que 
deux communes se le partagent, et que c'est l'ancienne 
chaussée, passant au pied même de l'église, qui les déli- 
mite. D'un côté est Voultegon, de l'autre Saint-Clémentin. 

Nous sommes là à Segora ; mais procédons comme si 
nous n'en savions rien et commençons par poser le pro- 
blème tel qu'il résulte des indications de la Table, le seul 
document où figure le nom de cette mansion. 

Ces indications se réduisent à trois : Segora est sur la 
voie de Poitiers à Nantes, — à 33 lieues de la première 

(1) D. Fonteneau, \îém. de la ^oc. des Antiquaires de VOusst, II, 91. 



VOIES PARTANT DE POITIERS £i 

de ces deux villes, — et au point où cette ligne en rencon- 
tre une autre venant d'Angers. 

Nous avons là desdonnées suffisantes pour résoudre le 
problème; mais, d'un autre côté, il n'est pas permis d'en 
négliger une seule, c'est-à-dire de placer Segora sur une 
voie quelconque, à n'importe quelle distance de Poitiers 
et sans tenir compte du croisement de la ligne venant 
d'Angers. 

Des quinze ou seize localités proposées jusqu'ici, aucune 
ne satisfait à lafoisaux trois conditions exigées. La plu- 
part même n'en remplissent aucune ; tels sont Segré, au 
nord de la Loire, Sigournay et Mortagne, en bas Poitou, 
Montreuil-Bellay, Airvault, la Grimaudière, Doué, Bres- 
suire, le Breuil-Chaussée, Faye-1'Abbesse, etc. 

Trois noms surtout ont été mis en avant et ont encore 
leurs défenseurs : Méron, près dé Montreuil-Bellay, la 
Segourie, dans le canton de Beaupréau, et Secondigny- 
en-Gâtine. 

Méron est à 33 lieues de Poitiers, si l'on admet que la 
lieue était de 2,222 mètres seulement. C'est tout ce que 
l'on peut faire valoir en sa faveur; car s'il se trouve près 
d'un ancien chemin qui va à Angers, il n'est pas en même 
temps sur la ligne de Poitiers à Nantes. 

La Segourie, à laquelle son nom et quelques débris gau- 
lois ou romains ont valu une certaine faveur, est à 50 
lieues de Poitiers et à 4 lieues en dehors de la voie qui de 
cette ville allait à Nantes. 

Secondigny est l'endroit qui compte le plus de partisans. 
C'estlui qui, en effet, réunit le plus d'à-peu-près : il est à 
peu près sur une voie romaine; il se trouve àpeuprèsàla 
distance voulue et son nom ressemble à peu près à Segora. 



42 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Si on essaie de remplacer ces approximations par des faits 
et des chiffres, voici à quoi on arrive : Secondigny est à 
3 kilomètres et demi d'une voie romaine ; — cette voie va 
bien à Nantes, mais ne vient pas de Poitiers (1) ; — Se- 
condigny se trouve à 25 lieues de Poitiers, et, même par 
le tracé allongé que Ton a supposé, il n'en serait encore 
qu'à 29 lieues et demie et non à 33; — Secondigny, enfin, 
c'est Secundiniacum , le domaine de Secundinus, et n'a ja- 
mais été Segora. 

A part les identifications qui procèdent du goût des éty- 
mologies, telles que Segré=Segora, Sigournay = Segora 
Secondigny = Segora, la Segourie = Segora, les erreurs 
que nous venons de relever proviennent de trois causes : 
on a méconnu la véritable direction de la ligne de Poitiers 
à Nantes; on s'est trompé sur la valeur de la lieue gauloise 
ou on n'a pas tenu compte des chiffres de la Table; et per- 
sonne enfin n'a soupçonné quelle pouvait être la seconde 
chaussée dont la rencontre avec la première détermine la 
position de Segora. 

Cette seconde chaussée est celle d'Angers à Saintes. 
Nous avons dit plus haut pourquoi l'auteur de la Table 
avait dû arrêter son tracé à Segora (2), c'est-à-dire à la 
rencontre de la ligne de Poitiers à Nantes. Le croisement 
avait lieu au pont de l'Argent, entre Saint-Clémentin et 
Voultegon. 

Deux des conditions exigées par la Table se trouvent 
ainsi remplies : Voultegon et Saint-Clémentin sont sur la 
voie de Poitiers à Nantes, et ils se trouvent au point même 
où cette ligne en rencontre une autre venant d'Angers. 

• 

(i) Voir ci-deasus, p. 12, 13. 
(2) Foir ci-dessus, p. 23. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 43 

Reste la troisième donnée du problème : Segora est à 
xxxiii lieues dePoitiers. Ces 33 lieues, à 2,436 mètres, 
font 80,388 mètres. Or, le bourg de Voultegon, qui ap- 
partient en partie à Saint-Clémentin, est à 82 kilomètres 
dePoitiers, c'est-à-dire exactement à la distance voulue, 
la Table négligeant toujours les fractions. 

Aux trois conditions du problème posées par la Table et 
qui sont rigoureusement remplies, ilconvient d'en ajouter 
une autre, àlaquelle doivent également répondre Voultegon 
et Saint-Clémentin. Il faut qu'ils justifient de leur antiquité 
et même d'une importance ancienne supérieure àcelle qu'ils 
ont aujourd'hui. 

Voultegon est incontestablement ancien. Il y a une ving- 
taine d'années, M. des Dorides y a fouillé un cimetière 
des iv e et y 9 siècles (1). D'après Grégoire de Tours, il y 
avait là une église au temps où saint Martin évangélisait 
l'Ouest, c'est-à-dire à la fin du iv a siècle : Apud Vulta- 
conum, vkumpictavensem..., duo pueruli direxerunt ad ec- 
clesiam... (2). Cette église, qui a dû être une des pre- 
mières |de la région, a été remplacée par une autre, 
bâtie en petit appareil et dédiée à saint Pierre, qui sub- 
siste encore en partie et qui est elle-même fort ancienne. 
Plus tard, on y constate l'existence d'une seconde église 
ou d'une chapelle. 

Un triens mérovingien, souvent décrit, témoigne à son 
tour de l'importance de cette localité avant le moyen 
âge. Il porte la légende Vultaconno et le nom du monétaire 



(1) Bulletin de la Société archéolog. de Nantes, IX, 229. 
\i) Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, II, 45. 



44 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Teudomare, qui, par conséquent, devait avoir sa résidence 
et son atelier à Voultegon (1). 

Mais le fait que Voultegon était déjà connu sous ce nom 
au temps de saint Martin, c'est-à-dire à l'époque même 
où la Table a dû être confectionnée, exclut l'idée qu'il 
puisse avoir porté celui de Segora. 

Voultegon, d'ailleurs, semble n'avoir été dès l'origine 
qu'une sorte de faubourg de Saint-Clémentin, qui, tra- 
ditionnellement, en a gardé jusqu'à nos jours la 'moitié 
dans sa dépendance administrative. 

Les premières mentions de Saint-Clémentin que nous 
ayons ne datent, il est vrai, que du milieu du xi e siècle ; 
mais ce n'est point à cette époque que surgissent chez 
nous des centres de population nouveaux, du moins avec 
l'importance que les chartes de ce temps attribuent à 
Saint-Clémentin. Il se composait alors, en effet, de deux 
groupes de maisons, à chacun desquels ondonnait le nom 
de bourg, et dont un se Irouvait autour de l'église (2). 
Celte église elle-même, dont, au rapport de M. Ledain(3), 
quelques parties étaient en petit appareil, témoignait, 
avant sa récente reconstruction, d'une antiquité égale à 
celle de Voultegon. Nous trouvons plus tard la mention 
de deux autres églises ou chapelles et d'une maladrerie. 
Saint-Clémentin paraît avoir été le siège d'une viguerie 
et fut depuis celui d'une châtellenie. Ses foires étaient 
d'autant plus renommées qu'elles étaient plus anciennes. 

Quoique bien déchu, Saint-Clémentin, il y a trois cents 
ans, était toujours qualifié de ville (4). Au siècle dernier, 

(1) Lecointre-Dupont, Essai sur les monnaies du Poitou, 

(2) Archives historiques du Poitou, II, 61 . 

(3) Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1880, p. 162. 

(4) Archives historiques du Poitou, XX, 394. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 45 

il gardait encore le souvenir de son antique importance : 
« Il paraît, écrivait le feudiste Moisgas (1), qu'il a été beau- 
coup plus considérable qu'il ne Test aujourd'hui, si on 
veut en croire ce que disent les anciens du pays et si on 
s'en rapporte aux vestiges des maisons qui subsistent en- 
core aux environs de ce bourg, que l'on qualifiait, dans 
les anciens titres, de ville. » 

Voilà donc deux bourgades, Voultegon et Saint Clé- 
mentin, dont nous sommes autorisé à faire remonter 
l'existence au temps même où fut composée la Table. 
Elles sont plus que voisines, puisque l'une a la moitié de 
l'autre dans son ressort et que depuis la création des cir- 
conscriptions ecclésiastiques, c'est-à-dire depuis mille ans 
peut-être, c'est, comme dans une ville, une rue qui déli- 
mite les deux paroisses. 

De ces deux paroisses, séparées seulement par l'an- 
cienne voie de Poitiers à Nantes, il en est une qui a gardé 
son vocable celtique, emprunté vraisemblablement à sa 
position. Son nom même exclut l'idée que Voultegon ait 
été Segora. 

Saint-Clémentin, qui d'ailleurs était le centre princi- 
pal, a au contraire un nom moins vieux que lui-même. 
C'est une de ces anciennes paroisses, si nombreuses, qui 
ont d'abord fait précéder leur nom de celui de leur patron, 
puis l'ont finalement laissé tomber dans l'oubli pour ne 
garder que ce dernier. Nous avons, à quelques lieues de 
là, un exemple d'un fait analogue. Saint-Jouin s'appelait 
d'abord Ension; c'est entre le V e et le x° siècle qu'il prit 
le nom de son premier abbé, dont il gardait la dépouille. 

(1) Affiches du Poitou, 1779, n* 1 . 



46 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

À la même époque, Saint-Clémentin, qui avait un petit 
monastère, dépendant de Saint-Florent, et qui lui aussi 
conservait les restes de son premier abbé ou prieur, en 
prit le nom; mais avant de devenir Saint-Clémentin, ilfut 
Saint-Clémentin-de-Segora, et auparavant il avait été sim- 
plement Segora. 

Les irrécusables témoins de son lointain passé avaient 
déjà, il y a près d'un siècle, fait supposer que Saint-Clé- 
mentin pouvait avoir remplacé Segora (1). Il restait à 
le démontrer, c'est-à-dire à reconnaître les voies qui s'y 
croisent et à déterminer les distances. 

Saint-Clémentin à Saint- André-de-la-Marche, fines. — 
En sortant de Voultegon, la chaussée franchit l'Argent sur 
un pont de six arches en granit, qui, vers le xin* siècle, a 
dû en remplacer un autre, puis elle remonte sur le pla- 
teau et se dirige vers les Aubiers, qu'elle laisse un peu à 
gauche. Tirée au cordeau, huit kilomètres durant, elle 
n'a pas depuis seize siècles dévié de son axe, bien qu'elle 
serve toujours à la circulation. Arrivée près de Maule- 
vrier elle subit l'influence des accidents de terrain, sans 
cependant s'écarter de sa direction générale. Elle tra- 
versait Cholet, qui, dès la fin de la période romaine, était 
un petit centre de population, dont on a découvert le ci- 
metière, il y a une trentaine d'années. De là elle allait, 
presque en ligne droite, passer un peu au sud de Saint- 
André-de-la-Marche . 

Avant le démembrement du diocèse de Poitiers, en 
1317, Saint-André en était la dernière paroisse, ce qui 

(1) Journal des Deux-Sèvres, 1812, p. 213. — Mémoires de la Soc. de statis- 
tique des Deux-Sèvres, III e série, t. VIj 104. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 4 7 

porte à croire qu'antérieurement il avait de même été 
la frontière de la cité pictone. Cette présomption, cor- 
roborée par le complément du nom de Saint-An- 
dré, est confirmée par la Table, où on lit le chiffre xvm, 
inscrit, il est vrai , dans des conditions un peu insolites, 
mais qui ne peut se rapporter qu'à une station ou à un 
fines de la ligne de Nantes (1). Ces dix-huit lieues, à 2,436 
mètres Tune, équivalentà 43,848 mètres, et, parlant de 
Segora, nous portent à Saint- André-de-la-Marche, ou, 
pour être plus exact, au petit ruisseau qui limite cette 
paroisse au nord-ouest. On entre là dans le pays de Mau- 
ges et dans l'ancien diocèse d'Angers. Le bourg de 
Saint-André, comme Saint-Clémentin et Saint-Jouin, est 
du nombre de ceux qui ont changé de nom après le triom- 
phe du catholicisme; mais nous ignorons comment il 
s'appelait auparavant. 

Avant de quitter Saint-André-de-la-Marche, nous fe- 
rons remarquer que la détermination de ce fines vient con- 
firmer notre identification de Segora. Saint-Clémentin, en 
effet, se trouve ainsi placé entre deux points fixes, la ca- 
pitale des Pictons, d'un côté, et leur frontière, de l'autre, 
à xvia lieues de celle-ci et à xxxm de celle-là, c'est-à-dire 
aux distances exigées par la Table. 

Saint-André-de-la-Marche à Nantes. — La voie au 
delà de Saint-André traverse au sud le territoire de Saint- 
Machaire-en-Mauges. Si l'adjonction du mot la Marche 
au nom de Saint-André nous avertissait tout à l'heure 
que nous étions à une limite, le complément de Saint- 
Machaire nous apprend à son tour que nous ne sommes 

(1) A.-F. Lièvre, Revue archéologique, III* série, t. XVIII :1e Fines dés Pictons 
et des Andes sur la voie de Poitiers à Nantes. 



/j8 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

déjà plus chez les Pictons, bien que les deux paroisses se 
touchent. Saint-Machaire-en-Mauges, qui lui aussi a chan- 
gé de nom, s'appelait primitivement Espevan. 

La chaussée, peu reconnaissable, devait passer ensuite 
près de la Renaudière, à Tilliers et à Vallet. De la Cha- 
pelle-Heulin à Nantes, son tracé a été emprunté par la 
route moderne. 

Au delà de Nantes la ligne se poursuivait jusqu'au fond 
de l'Armorique et mettait ainsi l'extrémité de la Gaule en 
rapport avec Lyon et l'Italie. 

IL - POITIERS à ANGERS 
Celte voie a été décrite ci-dessus, p. 26. 

III. - POITIERS à TOURS 
Décrite ci-dessus, p. 31. 

IV. — POITIERS, Limonum, à BOURGES, Avaricum, 

par Ingrande, Argenton, Ardentes et Saint- Ambroix. 

Cette ligne, inscrite sur la Table et dans l'Itinéraire, 
est en outre facile à reconnaître sur presque tout son par- 
cours. 

Poitiers à Ingrande, fines-. — La chaussée, après avoir 
monté la berge du Clain, passe près de la Pierre-Levée, 
d'où elle se dirige sur Saint-Julien. C'est la partie la 
moins bien conservée. La ligne franchit la Vienne à 
Saint-Pierre-des-Églises. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 49 

Saint-Pierre est une ancienne et vaste paroisse qui 
avait trois centres ecclésiastiques et comprenait une par- 
tie de la ville de Chauvigny,' où se trouvait Tune des 
églises. Quant au chef-lieu, il se compose d'un presbytère 
moderne et d'une vieille église, construite sur le bord de 
la rivière, à côté de la chaussée. L'abside, en petit appa- 
reil, et quelques débris qui sont auprès, proviennent d'un 
édifice antérieur, qui a dû être un temple païen, érigé au 
passage de la Vienne. 

La voie passe la Gartempe au-dessus de Saint-Savin et 
l'Anglin à Ingrande. 

La Table inscrit sur cette ligne un fines à xx lieues de 
Poitiers, ce qui nous porte près d'Ingrande, juste à la li- 
mite des départements de la Vienne et de l'Indre, mais 
non, comme on l'a dit, à la limite des anciens diocèses de 
Poitiers et de Bourges. L'Itinéraire, plus exact que la 
Table, met xxi lieues, ce qui, à raison de 2,436 mètres 
l'une, nous fait arriver au bourg même d'Ingrande, où 
se trouvait, comme son nom l'indique, une frontière, celle 
des Pictons et des Bituriges. 

La désignation fines, appliquée par la Table et l'Itiné- 
raire à une localité qui, d'autre part, a gardé son nom 
gaulois constitue ici une véritable définition du mot « In- 
grande » . 

Ingrande, aujourd'hui dans le diocèse de Bourges, dé- 
pendait autrefois de celui de Poitiers, ou, pour mieux 
dire, était partagé entre eux. « Cette paroisse avoisine 
tellement le diocèse de Bourges qu'une partie du bourg 
est paroisse deConcremier », lit-on dans un ancien « État 



5o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

de l'archiprêtré de Monlmorillon (1) ». C'est donc encore 
une limite de cilés qui a subsisté jusque dans les temps 
modernes. 

Deux bornes milliaires confirment l'indication de l'Iti- 
néraire. L'une, d'Antonin le Pieux, porte : Fin(^) vu; 
Lm(onum) xiv. Cette double distance donne celle de Poi- 
tiers à Ingrande. Il en est de même de la seconde borne, 
au nom de Sévère Alexandre, qui portait Liu[onum) 
L[eugœ) xi ; Fin(^) x (2) . 

Le premier de ces milliaires devait se trouver à l'ouest 
du village des Abattis, dans la commune de Paizé-le- 
Sec;le second, près des Granges, dans celle de Saint- 
Pierre-des-Églises. 

Ingrande à Argent on, Argantomagus ou Argentoma- 
gus. — « De l'Anglin à la Creuse, la voie, dit M. de la 
Tremblais, n'est plus apparente que dans sa partie inter 
médiaire; elle a été détruite à ses deux extrémités, dans 
les vignes qui avoisinent Ingrande et le Blanc. » 

« Après avoir traversé la Creuse au Blanc, la voie se- 
dirige tout le long de la rivière, sur la rive droite, en 
gardant les hauteurs... En 1843, ses diverses couches ont 
été coupées, tout près du bourg de Ciron, pour la fonda- 
tion des murs de clôture du presbytère. Elles ont été cou- 
pées encore par les fossés de la route en trois autres en- 
droits, près de la Châtre et près de l'Épine, vis-à-vis du 
château de la Barre. C'est sur ce dernier lieu surtout que 
l'on peut en bien voir la disposition. Elle continue à se di- 
riger, par le village de Scouri, jusqu'à Pellebuzan, où elle 



(1) Manuscrit de la Bibliothèque de Poitiers. 

(2) L. de Longuemar, Êpigraphie poitevine, p. 137. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 5i 

forme un coude en laissant à gauche le chemin de Châ- 
teauroux... » 

« De Pellebuzan la voie se dirige, toujours entière, tou- 
jours apparente, vers le domaine de la Chaussée, passe 
au-dessus des Chézaux, où Ton cesse de la distinguer, par 
suite de la culture des terrains, pour ne plus la retrouver 
qu'au delà de Saint-Gauthier et du ruisseau du Buzanteuil. 
Elle franchit ensuite la Bouzanne au-dessus du Pont-Chré- 
tien, près du château de Chabenet, et se dirige sur Saint- 
Marcel (1). » 

Saint-Marcel, au nord d'Argenton, faisait autrefois 
partie d'Argantomagus et c'est là, entre autres édifices 
dont les débris jonchent le sol, que se trouvait le théâtre. 

La Table ne donne pas la distance du fines, ou In- 
grande, à Argantomagus. D'après l'Itinéraire, elle serait 
de xxi lieues; mais, mesurée sur la carte en suivant la 
chaussée, elle n'est que de 49 kilomètres, qui ne font 
guère plus de vingt lieues de 2,436 mètres. On en au- 
rait, au contraire, une de trop si on évaluait la lieue à 
2,222 mètres seulement. Voici, croyons-nous, la solution 
de cette difficulté : l'auteur ou un copiste de l'Itinéraire, 
qui venait d'écrire le chiffre xxi à la suite de Limonum, 
l'a reproduit par mégarde après le mot fines, où il consti- 
tue une erreur. De son côté, celui qui a fait la Table a, 
non seulement omis une distance entre Poitiers et Ar- 
genton, mais il a placé le nombre xx avant fines, où il ne 
répond à rien, tandis que, placé après, il représente exac- 
tement la distance d'Ingrande à Argenton. 

(1) Mém. de la Soe. des Anïtq. de l'Ouest, année 1844, p. 4U. 




5? LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

La Table et l'Itinéraire ne mentionnent chacun qu'une 
station entre Argenton et Bourges ; mais cette station 
n'est pas la même dans ces deux documents, ce qui nous 
oblige à étudier la ligne d'après chacun d'eux séparé- 
ment. 

ARGENTON A BOURGES D'APRÈS LA TABLE 

Argenton à Ardentes, Alerta. — La chaussée, inscrite 
sur la carte de l'état-major sous le nom de Levée de Cé- 
sar, passait à Arthon, franchissait la Bouzanne, traversait 
la forêt de Châteauroux, où elle est encore très appa- 
rente, et atteignait l'Indre à Ardentes ou un peu au-des- 
sous, à la Forge. 

On est là àenviron 31 kilomètres d' Argenton. Il en fau- 
drait 33 pour faire les 14 lieues portées sur la Table. 
Cette fois on arriverait juste en comptant la lieue à 2,222 
mètres seulement. Alerta en tout cas paraît bien devoir 
être placé au passage de l'Indre. 

Ardentes à Bourges. — La voie, qui au delà d'Arden- 
tes est apppelée Chaussée de César, traverse la Théols à 
Brives, dont le nom vient précisément de cette circon- 
stance. De la Théols à l'Arnon, qu'elle franchit à Saint-Am- 
broix, on la nomme Levée de César. Elle passe le Cher 
à Saint-Florent. 

D'Alerta ou Ardentes à Bourges , la Table compte 
xxviii lieues, qui exigeraient 68 kilomètres. Or, il n'y en 
a guère plus de soixante. Même en évaluant la lieue à. 
2,222 mètres on n'arriverait qu'à vingt-sept. Il y a donc 
erreur évidente, le tracé de la chaussée n'étant pas dou- 
teux. 






VOIES PARTANT DE POITIERS 53 



ARGENTON A BOURGES D'APRÈS L'iTINÉRAïRE 

Àrgentonà Saint-Ainbroix, Ernodorum. — La man- 
sion indiquée par l'Itinéraire entre Argenton et Bourges 
est Ernodorum, qui ne peut être que Saint-Ambroix-sur- 
l'Arnon, ce nom signifiant précisément la forteresse de 
l'Arnon. Le fort dont il implique l'existence se trouvait 
sans doute dans l'angle formé par les deux bras de la ri- 
vière qui se réunissent à Saint- Ambroix. On sait, d'autre 
part, à quelle circonstance cette ancienne localité doit son 
changement de nom : c'est là que mourut saint Ambroise, 
évêque de Cahors (I), qui, devenu patron de la paroisse, 
lui a imposé son vocable. 

D'Argenton à Saint-Ambroix il y a 63 kilomètres, qui 
ne font pas tout à fait 26 lieues de 2,436 mètres et qui en 
feraient 28 de 2,222. C'est trop ou trop peu ; car l'Itiné- 
raire place Ernodorum à xxvn lieues d'Argantomagus. 

Saint-Ambroix à Bourges. — La distance d'Ernodorum 
à Avaricum, d'après l'Itinéraire, est de xv lieues, qui fe- 
raient plus de 31 kilomètres. Il n'y en a que 28. La lieue 
de 2,222 mètres trouverait ici, pour la seconde fois, son 
application. 

Il n'y a sur cette ligne depuis Poitiers qu'erreurs ou 
confusion dans les chiffres. Nous avons pu les rétablir 
jusqu'à Argenton ; mais nous n'avons aucun moyen de le 
faire entre Argenton et Bourges, la station indiquée par 

(1) A Roma rediens et in pago Biturico, in vico Arnotensi, Deo spiritum red- 
didit. — Cum Ernoto vico advenisset... Labbe, Nova Bibliotheca manuscript., 
Il 346 et 349. 



54 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

la Table, d'une part, et l'Itinéraire, de l'autre, n'étant, 
pas la même. Il semble du moins que, la ligne ne différant 
pas, les deux documents devraient arriver à un total 
identique. Or, il n'en est rien. Entre Argantomagus et 
Avaricum la Table compte 14 + 28 = 42 lieues et l'Iti- 
néraire, 27 +13=40. 

Non seulement les deux documents ne concordent pas 
pour cette section, mais l'Itinéraire n'est pas d'accord 
avec lui-même pour le trajet de Bordeaux à Autun, dont 
elle fait partie, ce qui nous prive d'un dernier moyen de 
contrôle. Il accuse, en effet, un total de 274 lieues, alors 
que l'addition de toutes les distances sectionnaires en 
donne 279, 

La route que nous venons de suivre et où notre marche 
a été plus que d'ordinaire embarrassée par les chiffres, 
se poursuit au delà de Bourges jusqu'à Auxerre. 

Dans le Poitou, elle a servi presque partout jusqu'au 
siècle dernier, mais entre le Blanc et Bourges elle était dès 
le milieu du seizième abandonnée pour le chemin de 
Châteauroux et d'Issoudun. 



7. — POITIERS, Limonum, à, LYON, Lugdunum, 

par Argenton. 

En allant passer à Argenton, le chemin de Poitiers à 
Bourges, que nous venons de suivre, fait un coude assez 
prononcé, au moyen duquel il évite d'abord la Brenne et 
se prête ensuite à une combinaison de lignes. A Argenton, 
en effet, il rencontre la voie de Limoges, qui, de son côté, 



VOIES PARTANT DE POITIERS 55 

a fait une concession à peu près équivalente et dès lors 
il n'y a plus jusqu'à Bourges qu'une seule chaussée. 

De même la section de Poitiers à Argenton est com- 
mune aux lignes de Bourges et de Lyon. 

Nous n'avons point à étudier cette dernière voie au 
delà d' Argenton. Il nous suffira de dire qu'elle passait à 
Château-Meillant, Mediolanum, Néris, Aquœ Neri, et 
Clermont, Augustonemetum. 

VI. - POITIERS à LIMOGES 

La chaussée, légèrement déviée de son axe tantôt dans 
un sens, tantôt dans l'autre, se reconnaît cependant facile- 
ment sur les plateaux entre le Clain et la Vienne, où en cer- 
tains endroits, à la hauteur de Nouaillé notamment, son 
empierrement a conservé un relief considérable. A la li- 
sière desbois de Vernon et de la Bonde, elle est même restée 
absolument droite sur une longueur de plusieurs kilomè- 
tres. Après avoir traversé la forêt de Verrières et le bourg 
de Bouresse, elle va franchir la Vienne à Quéaux ; puis, 
se tenant sur la crête de l'étroit plateau qui sépare la 
Vienne de la Blourd, elle passe au Mas et à la Grâce-Dieu, 
où elle est encore désignée sous le nom de Chemin-Ferré. 
Elle laisse Saint-Paixent à droite, Puyferrieret la Trappe 
à gauche, a De là, traversant des prés et des terres, pour 
éviter un profond vallon, elle entre, dit D. Fonteneau, 
dans des bois qui appartiennent au village de la Palisse, 
qu'elle laisse à droite, passe près de la croix de la Marotte, 
se dirige en ligne droite, en chaussée fort élevée et très 
peu dégradée, dans l'espace de trois quarts de lieue, vers 
le village de Chez-Touraud, de la paroisse de Luchapt, 



ku. 



56 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

d'où elle continue jusqu'à un coude qu'elle fait au-dessus 
du village des Broux, pour passer vers laqueue de l'étang 
de la forge de Luchapt et près du lieu noble de Montbron, 
qu'elle laisse à sa gauche, d'où elle entre enfin dans la 
paroisse d'Àsnières, qui est du diocèse de Limoges (1). » 
Depuis D. Fonteneau, personne, croyons-nous, n'apour- 
suivi cette exploration de la voie, qui est de plus en plus 
difficile à reconnaître sur un sol de plus en plus accidenté. 

TH.- POITIERS à PÊRIGUEUX 

Nous décrirons cette voie plus loin, en partant de 
Périgueux. 

VIII. - POITIERS à ANGOULÊME 

On a parlé (2) d'une ancienne voie qui, par Charroux 
et Nanteuil, aurait relié Poitiers à Angoulême et se serait 
prolongée, par Aubeterre, jusqu'à la Réole et même aux 
Pyrénées. Le document sur lequel repose cette hypo- 
thèse est le récit du voyage que fit, en 1004, Abbon, 
abbé de Saint-Florent (3); mais il faut remarquer qu'il 
s'agit ici d'une tournée de réforme et que rien ne prouve 
que pour aller d'un monastère à l'autre Abbon ait tou- 
jours suivi une voie directe, ni que le chemin qu'il a pu 
prendre ait été une ancienne chaussée. Toujours est-il 
qu'entre Charroux et Angoulême on ne trouve aucune 
trace d'une voie antique. 

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, II, 99. 

(2) Jullian, Archives municipales de Bordeaux f II, 235. 

(3) Aimoin, Vita Abbonis, in Acta sanctorum ordinis S. Benedicli, VIII, 30. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 5 7 

Nous rechercherons plus loin si, entre Poitiers et An- 
goulême, il n'y en avait pas une autre moins contestable. 

IX. — POITIERS, Limonum, à SAINTES, Mediolanum Santonum, 

par Rom, Brioux et Aunay. 

Cette voie est une de celles que donnent à la fois la 
Table et l'Itinéraire. 

Poitiers à Rom, Rauranum. — Le tracé jusqu'à 
Vivonne était à peu près le même que celui de la grande 
route moderne. Elles font, l'une et l'autre, en sortant de 
Poitiers, une courbe à l'ouest, afin de traverser là où elle 
est le moins encaissée une petite vallée qui descend au 
Clain et aussi pour se prêter à un embranchement. L'an- 
cien chemin était déjà sorti de son axe, tantôt à droite, 
tantôt à gauche, lorsqu'on fit le nouveau, au milieu du 
xvm e siècle (1). Entre Vivonne et Rom, la voie, mieux 
conservée, a gardé le nom de Chemin-Chaussé, et c'est à 
elle que le village de la Chaussée, bâti à quelques cen- 
taines de pas de la ligne, doit son nom. L'empierrement, 
partout usé, était simplement assis sur le sol, d'ailleurs 
peu accidenté ; dans la vallée des Mille- Pertuis seulement 
on remarque un remblai de quelques pieds, appelé Pont- 
Bourbeau, au sud duquel la voie gravissait la côte en ligne 
droite au moyen d'une tranchée, qui laissait encore une 
pente assez raide. Le chemin a depuis abandonné celte 
rampe pour faire un coude à l'ouest et ne rejoint l'ancien 
tracé que sur la hauteur (2). La chaussée, en arrivant à 



(1) Archivés de la Vienne, E, 35, plan. 

(2) A. -F. Lièvre, Notes sur Couhé et ses environs, 166. 



58 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Rom, franchissait la Dive sur un pont, qui, ne servant 
apparemment que quand il y avait de l'eau dans la 
rivière, c'est-à-dire très rarement, a pu durer jusqu'en 
1847, époque où, en le reconstruisant, on trouva dans les 
fondations quelques pièces de monnaies antérieures aux 
règnes de Tétricus et de Tacite (1). 

Rom est appelé Rarauna dans la Table, et Rauranum 
dans l'Itinéraire. Rauranum est aussi le nom que lui donne 
Paulin dans une épître à Ausone (2), quelque peu dédai- 
gneuse pour cette bourgade : 

... Vel quia Pictonicis tibi fertile rus viret arvis 
Rauranum ausouias tibi devexisse curules 
Conquerar, et trabeam veteri sordescere fano ? 

Rauranum, plus important que le Rom de nos jours, 
tout entier compris dans une boucle de la Dive, s'éten- 
dait, sur une longueur d'environ un kilomètre et demi, 
depuis le pont jusque près du lieu dit Tres-Vées [Très 
Viœ). A en juger par la plus ou moins grande abondance 
des vestiges, la mansionse composait de deux groupes de 
constructions, l'un à la place du bourg actuel, l'autre au 
sud, dans la plaine dite de Château-Sarrasin, où on voyait 
encore quelques ruines il y a une cinquantaine d'années. 
La chaussée formait la principale artère de cette petite 
ville. 

Entre Poitiers et Rom, la Table porte xvi lieues, qui, à 
2,436 mètres, font près de 39 kilomètres et nous condui- 
sent à l'entrée de la plaine de Château-Sarrasin, un peu 
au delà du bourg. 

(i) Rondier, Mém. de la Soc. destatist. des Deux-Sèvres, 1858-59. 
(2) Paulini ad Ausonium epistolœ, dans les œuvres d'Ausone. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 5g 

Deux bornes trouvées dans le cimetière de Rom corro- 
borent l'indication de la Table et confirment comme elle 
l'évaluation que nous avons, avec M. Aurès, donnée à la 
lieue gauloise. 

Au lieu de xvi, l'Itinéraire porte xxi ; c'est une erreur 
venant de ce qu'un copiste a pris un v pour unx. 

Une autre voie, celle de Nantes à Périgueux, croisait à 
Rom celle que nous suivons en ce moment. 

Rom depuis les Romains a continuellement décliné. 
Les premiers missionnaires du christianisme y bâtirent 
une église, autour de laquelle se forma un cimetière, qui 
pendant une longue suite de générations fut le rendez- 
vous funéraire des populations environnantes et qui s'é- 
tend sous une grande partie du bourg. Au x e siècle, Rom 
était une viguerie ; avant la Révolution, il avait encore le 
titre d'archi prêtre. Il n'est plus maintenant que le chef- 
lieu d'une commune et une mine archéologique. Cette 
lente décadence est venue de ce que les grandes voies qui 
s'y croisent ont, comme nous le verrons, été successive- 
ment abandonnées par la circulation. 

Rom à Brioux, Brigiosum. — Du pont de Rom à Tres- 
Vées, c'est-à-dire dans toute la traversée de l'ancien Rau- 
ranum, la voie subit une inflexion à gauche. A Tres-Vées 
ellereprend sa direction normale et jusqu'à Sainte-Soline 
elle coupait autrefois la plaine en ligne droite ; mais à la 
longue elle est çà et là sortie de son axe, en sorte que 
c'est parfois dans les fossés ou les chaintres des champs 
qu'on trouve aujourd'hui quelques-unes des pierres debout 
qui accotaient l'empierrement. L'église de Sainte-Soline 
a été construite en partie sur la chaussée même, à une 
époque où celle-ci, mal surveillée, était déjà déviée. 



6o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

C'est à tort que dans ces derniers temps on a voulu iden- 
tifier Rauranum et Sainte-Soline. Cette opinion a tout 
contre elle : d'abord la convergence de quatre ou cinq 
grandes voies, qui a lieu à Rom et non à Sainte-Soline ; 
ensuite les vestiges romains si abondants à Rom et qui 
font absolument défaut à Sainte-Soline ; enfin les distances 
données par les anciens documents et qui ne peuvent 
s'appliquer qu'à Rom. Sainte-Soline, en effet, est à 19 
lieues de Poitiers, non à 16, et, conséquemment, se 
trouve à 9 lieues seulement de Rrioux, alors que, comme 
nous allons le voir, Rauranum en était à douze. Nous lais- 
sons décote l'argument qu'on a tiré du nom même de cette 
mansion : il prédispose peut-être en faveur de Rom ; mais 
on a, en pareille matière, tant abusé des quasi-homopho- 
niesque le mieux est aujourd'hui de ne pas invoquer ce 
genre de preuve et de laisser aux adversaires la liberté, 
parfois embarrassante, d'y voir un effet du hasard. A tout 
le moins,faut-il ne pas exagérer cette analogie du nom 
moderne avec le nom ancien. Wesseling (1) et après lui 
M. Desjardins (2) ont voulu rendre évidente la dérivation 
d'un vocable à l'autre en supposant que Rom pouvait 
aussi bien s'écrire Raum, ce qui est une erreur. Le nom 
de cette localité se prononce Ron, exactement comme l'ad- 
jectif « rond », et en l'écrivant Raum on en altère forcé- 
ment la prononciation. 

Après Sainte-Soline la ligne passe à Crolour, simple 
hameau, où se tient annuellement une foire qui primiti- 



(1) Vetera Romanorum itineraria, 459 . 

(2) Table de Peutinger, p. 38. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 61 

vement a dû avoir un autre caractère que celui d'une 
réunion d'affaires. 

A Brioux la voie traverse la Boutonne. C'est à cette cir- 
constance que l'endroit doit son nom, qui originairement 
a dû être Briva et qui a été latinisé en Brigiosum par la 
Table et est devenu Briossum ou Briossium à l'époque 
mérovingienne. 

De Rom à Brioux, d'après la Table, il y a douze lieues, 
qui, à 2,436 mètres, font 29,232 mètres. Il y a, en réalité, 
31 kilomètres; mais la Table, comme les bornes, néglige 
les fractions. Ces 31 kilomètres donneraient près de 14 
lieues si on les comptait à 2.222 mètres, comme l'a fait 
la Commission de la topographie des Gaules, qui a sup- 
posé une erreur et proposé de remplacer xn par xv(l). 
lln'yarienà corriger si on admet que la lieue vaut 2,436 
mètres. Nous verrons du reste tout à l'heure que l'Itiné- 
raire et les bornes confirment cette donnée de la Table, et 
si l'on suppose une erreur dans celle-ci il faudrait l'im- 
puter également à l'Itinéraire et aux milliaires, ce qui est 
inadmissible. 

Brioux à Aunay, Aunedonnacum. — La voie, toujours 
en plaine, et très directe, passe à la Villedieu, qui, fondée 
au moyen âge, n'a dû être à l'origine qu'un gîte pour les 
pèlerins, comme il y en avait sur tous les chemins de Saint- 
Jacques. 

La distance de Brioux àjAunay serait, d'après la Table, 
de huit lieues ; mais il n'y a que dix-neuf kilomètres et 
demi, c'est-à-dire sept lieues et une fraction. Voici, 

(1) Revue archéologique, IX* série, t. VIII, 149. 



6a LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

croyons-nous, l'explication de cette différence. Brioux ne 
figure pas dans l'Itinéraire d'Antonin, qui de Rom à Au- 
nay compte, en une seule fois, vingt lieues. L'Itinéraire, 
du moins en ce qui concerne cette ligne, doit être anté 
rieur à la Table, souvent retouchée, et la légère erreur 
de celle-ci n'est apparemment qu'une accommodation. 
Pour ne pas se mettre en désaccord avec l'Itinéraire et 
les bornes, la Table a forcé le chiffre de la distance en- 
tre Brioux et Aunay en lui attribuant une fraction qu'elle 
avait négligée entre Rom et Brioux, et elle a atteint ainsi, 
comme l'Itinéraire, le total de vingt lieues pour les deux 
sections prises ensemble. 

Deux bornes trouvées dans le cimetière de Rom et con- 
servées au musée de Niort confirment les indications delà 
Table et de l'Itinéraire. L'une est de Tétricus et porte : 
C(ivitas) V[ictonum) h[eugœ) xvi ; Fin(^) I^eugœ) xx. La se- 
conde, au nom de Tacite, porte : C(ivitas) V(ktonum) 
L(eugœ) xvi ; F(ines) L(eugœ)xx. Ces deuxmilliaires, indi- 
quant les mômes distances, ont dû être à peu près au même 
endroit, à seize lieues de Poitiers et à vingt lieues d'Au- 
nay, c'est-à-dire à Rom même; nous disons à peu près au 
même endroit, parce qu'il n'est pas nécessaire d'admettre 
que l'un a remplacé l'autre ; ils ont pu occuper des points 
différents, l'un à l'entrée, l'autre à la sortie de la station. 

Les indications de ces bornes combinées avec celles de 
la Table et de l'Itinéraire permettent de résoudre pour 
ainsi dire mathématiquement une question intéressante, 
celle de la limite des Pictons et des Santons. 

L'Itinéraire place Aunedonnacum àxvi -h xx = xxxvi 
ieues de Poitiers ; la Table le met de même à xvi ■+■ xh 



VOIES PARTANT DE POITIERS • 63 

vin = xxxvi lieues. Or, d'après les deux bornes de 
Rom, le fines des Pictons se trouve également à xvi ■+- xx 
= xxxvi lieues de la capitale. Il faut de toute nécessité 
conclure de là que Y Aunedonnacum de la Table et del'Iti- 
néraireet le /fondes milliaires sont un seul et même point, 
autrement dit que la limite de la cité de Poitiers était à 
Aunay. 

C'est une fausse notion de la lieue gauloise qui a porté 
M. Espérandieu (1) à placer cette limite à la Villedieu, 
dont le nom, qui équivaut presque à une date de fonda- 
tion, aurait dû suffire pour le mettre en garde contre 
celte erreur. M. Ragon (2), de son côté, séduit par une 
vague homophonie et oubliant que fines n'est pas un nom, 
a cru voir les confins des deux peuples dans Vinax, qui, 
du reste, est à huit kilomètres de la voie . 

Ajoutons que cette ancienne frontière a subsisté jus- 
qu'à la suppression des provinces et qu'avant la formation 
des départements elle se trouvait à Virolet, à trois kilo- 
mètres d'Aunay. 

Une autre borne, conservée également au musée de 
Niort et datée du règne de Constance Chlore, a été exhumée 
du cimetière de Rrioux. On lit au bas de l'inscription deux 
nombres ainsi disposés : 

IIIIX 
XIIII 

qui représentent évidemment des distances, mais sans in- 
dication des localités auxquelles ils se rapportent. Jusqu'à 

(1) Paysages et monuments du Poitou; Aunay. 

(2) Bull, de la Soc, des Antiquaires de l'Ouest, XIV, 424. 



64 • LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

présent ils sont restés une énigme et, en effet, on n'en peut 
rien tirer si on compte la lieue à 2,222 mètres. 

Le premier de ces nombres, écrit d'une façon assez 
anormale, mais qui n'est pas sans exemple (1) , doit être 
lu X — IIII, comme le second, X + MI. Le total, c'est-à- 
dire XX lieues, représente exactement la distance de Rom 
à Aunay. C'est d'ailleurs celle que donne l'Itinéraire, qui, 
pas plus que notre milliaire, ne tient compte de la station 
de Brioux, inscrite sur la Table seulement. 

Les deux chiffres dont il s'agit indiquent donc la dis- 
tance de Rom dans une direction et celle d'Aunay dans 
l'autre. Plantée à six lieues de cette dernière station et à 
quatorze de la première, elle devait se trouver au Pontiou, 
à trois kilomètres au sud de Brioux. 

Aunay à Saintes. — La chaussée traverse Varaise et 
passe au pied des fana de Villepouge et d'Ébéon, monu- 
ments religieux (2) du même genre que celui dont le nom 
de Port-de-Piles nous a précédemment révélé l'existence 
au passage de la Creuse. De là elle se dirige sur Ecoyeux. 
Avant d'arriver à la Charente, elle se confond avec la 
grande voie venant de Lyon. 

Le parcours d'Aunay à Saintes est de quarante-un kilo- 
mètres, qui font les seize lieues inscrites sur la Table et 
l'Itinéraire . 

Cette ligne, que les pèlerins avaient quittée dès le 
moyen âge, est encore celle que « la Guide des chemins 
de France », de Charles Estienne, indique aux voyageurs, 

(1) C'est ainsi, notamment, que le nombre six est figuré sur la panse d'un des 
vases trouvés par l'abbé Baudry à Troussepoil, commune du Bernard, et con- 
servé au musée de la Roche-sur-Yon. 

(2) A.-F. Lièvre, les Fana ou Vernernents, dits Piles romaines. Paris, 4888. 



VOIES PARTANT DE POITIERS 65 

en 1552, et c'est au siècle dernier seulement que la grande 
circulation Fa abandonnée pour le chemin de Saint-Jean- 
d'Angély. 

Tours et Poitiers communiquaient par Saintes avec 
Bordeaux. 



X. - POITIERS à SAINTES, 

par Brioux. 

Pour desservir Rom et se prêter à un embranchement 
sur Périgueux, la chaussée que nous venons de suivre dé- 
crit une courbe qui, de Poitiers à Brioux, allonge le tra- 
jet d'une lieue gauloise, c'est-à-dire d'environ deux kilo- 
mètres et demi. Une route plus directe, sedélachant de 
la première à Croutelles, passait par Lusignan , Chenay , 
Chey etSaint-Léger-de-Melle. A Brioux elle se confon- 
dait de nouveau avec la voie romaine. 

Cette seconde ligne était probablement celle qui, avant 
les Romains, reliait Poitiers à Saintes. Depuis le moyen 
âge elle porte le nom de chemin de Saint-Jacques, parce 
qu ? elle se trouvait comprise dans l'ilinéaire des pèlerins 
qui, du Nord, se rendaient à Compostelle. Cet itinéraire, 
l'un des quatre qui sont décrits dans le Codex de Saint- 
Jacques (1), suit en général la voieromaine; ils'en écarte 
entre Croutelles et Brioux pour abréger, et ensuite en- 
tre Aunay et Saintes, parce que les pèlerins, qui avaient 
déjà visité Saint-Martin de Tours et Saint-Hilaire de Poi- 
tiers, devaient passer par Saint-Jean-d'Angély, d'où ils 
se rendaient à Saint-Eutrope de Saintes et à Bordeaux. 

(1) Le Codex de Saint-Jacques-de-Compostelle, liv. IV, pub. par le 1*. Fita. 

5 



66 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Entre Lusignan et Melle, le chemin de Saint-Jacques 
est dénommé chemin des Charrois sur la carte de la géné- 
ralité de Poitiers dressée en 1784.11 est de nos jours rede- 
venu la route de Poitiers à Saintes. 



VI 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 



I. — LIMO&ES, Augustoritum, à BOURGES, Avaricum, 

par Argenton. 

Cette voie, indiquée dans l'Itinéraire et la Table,limite 
nos recherches à Test. Nous n'ayons que quelques mots à 
en dire. 

Limoges à Argenton, Argentomagas. — L'Itinéraire 
porte entre ces deux villes xxi lieues. C'est une erreur 
évidente. 

D'après la Table il y a une station intermédiaire et la 
distance totale est de 38 lieues, qui font 92 kilomètres et 
demi. C'est à peu près ce que l'on compte par la route 
moderne, dont le tracé est direct. Il faut en conclure que 
celui de l'ancienne chaussée n'en différait pas beaucoup 
et qu'on ne saurait en allonger le trajet, enla déviantdans 
un sens ou dans l'autre, sans se mettre en désaccord 
avec les chiffres de la Table. 

La station se trouvait àxiv lieues, ou 34 kilomètres, de 
Limoges, et à xxiv lieues, ou un peu plus de 58 kilo- 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 67 

mètres d'Argenton, c'est-à-dire au passage de la Gar- 
témpe, près de Bessines. 

Le nom de cette mansion fait défaut dans là Table. 
Nous ne croyons pas, en effet, qu'il faille transporter sur 
la ligne d'Argenton celui dePretorium, inscrit le long de 
celle de Clermont. 11 est inadmissible que cette dernière 
voie, l'une des quatre principales delà Gaule, montât d'a- 
bord au nord, pendant quatorze lieues, pour faire ensuite 
un angle droit ou même aigu et reprendre la direction 
de Clermont. 

Ceux qui ont placé cette station à Bridiers, près de la 
Souterraine, font faire à la grande chaussée d'Agrippa un 
coude encore plus invraisemblable, en convenant eux- 
mêmes au surplus qu'ils ont tous les chiffres contre leur 
hypothèse (1). 

Pretorium, à en juger par son nom, nedevait être qu'une 
somptueuse villa. En tout cas ce n'est pas au nord de Li- 
moges qu'il faut le chercher, mais à l'est, dans la direc- 
tion de Clermont. 

Argenton à Bourges.— Cette section a été décrite ci- 
dessus, p. 52. 

. IL - LIMOdES à TOURS 

Limoges correspondait avec Tours par Poitiers ; mais 
de sérieux indices porteraient à croire qu'on pouvait de 
même y arriver par Argenton, en empruntant jusqu'à 
cette ville la voie de Bourges. 

Partant d'Argenton, la route aurait coupé ou longé la 

(1) Congrès archéolog. de France, XL* session, p. 32. 



68 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Brenne à Test. Au delà, dans le canton de Châtillon,sur 
la rive droite de l'Ozance, il y a un chemin, presque 
rectiligne, de sept ou huit kilomètres, dont la direction 
est bien celle d'Argenton, d'une part, et celle de Tours, de 
l'autre. Il est à remarquer, en outre, que sur ce chemin 
se trouve un village qui s'appelle La Chaussée. 

Les archéologues tourangeaux croient, de leur côté, 
avoir constaté des restes de cette chaussée entre Loches 
et Tours (1). 

III. - LIMOGES à POITIERS 

Nous avons décrit ci-dessus une partie de cette chaus- 
sée, que nous avons perdue en arrivant aux premiers 
contre-forts des montagnes du Limousin. Il y aurait lieu 
de continuer à la rechercher et de s'assurer si elle traver- 
sait le massif de Blond, qui est dans son axe, ou si elle 
le contournait, soit à Test soit à l'ouest. Au sud de Blond 
il y a une Bachellerie; c'est là une indication à laquelle 
il ne faut pas attacher trop d'importance, mais qu'il con- 
vient de ne pas négliger absolument (2). 

Par Poitiers Limoges communiquait directement avec 
Angers, et, vraisemblablement, par Chassenon et Rom 
avec Nantes. 

IV. —LIMOGES^ugustoritum, à SAINTES, Mediolanum Ssmtonum , 

par Chassenon et les Bouchauds. 

Cette ligne, indiquée par la Table, fait partie de celle 

(1) Mémoires de la Soc. archéolog. de Touraine, XIII, 62. 

(2) Voir ci-après p. 71. 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 69 

qui, partant de Lyon, aboutissait chez les Santons, Tune 
des quatre grandes routes créées en Gaule par Agrippa et 
mentionnées par Strabon. 

Elle passait par Clermont, Limoges et Chassenon. On 
s'est longtemps mépris sur sa direction en la faisant arri- 
ver ensuite à Aunay, pour s'y embrancher sur la voie de 
Poitiers à Saintes. 

Il serait étrange, on en conviendra, que les ingénieurs 
romains chargés de percer les quatre premières grandes 
artères de la Gaule eussent choisi pour tête de ligne une 
simple bourgade comme Aunay, alors qu'ils n'avaient en- 
core rien fait ni pour Bordeaux, ni pour Poitiers, ni pour 
aucune des capitales de l'Ouest . 

Du reste, cette bourgade, bien que l'administration des 

postes l'ait dénommée Aunay-de-Saintonge, a toujours 
appartenu au Poitou, dont elle formait la limite, et Stra- 
bon dit positivement que la chaussée de Lyon arrivait chez 
les Santons. 

On ne saurait, d'un autre côté,prétendreque cette voie 
allait emprunter à Aunay celle de Poitiers à Saintes, puis- 
que celle-ci, au milieu du premier siècle, n'existait pas 
encore. 

11 faut remarquer, en outre, qu'elles sont de classes 
différentes et que celle de Lyon a presque le double de 
largeur de celle de Poitiers. 

Ce tracé a, enfin, contre lui un argument qui, au besoin, 
dispenserait de tout autre : entre Chassenon et Saintes, la 
chaussée existe et le tronçon méconnu est même le mieux 
conservé de tous. 

L'idée d'amener à Aunay la grande voie de Lyon est 
venue du désir de la faire passer par le bourg de Charmé, 



7 o LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

dans le nom duquel on croyait reconnaître Sermanicoma- 
gus, Tune des mansions dont nous aurons à nous occu- 
per tout à l'heure. 

Limoges à Chassenon, Cassinomagus. — La voie tra- 
versait probablement la Vienne à Aixe, longeait l'étang 
de Balor, franchissait la Gorre au Planchât, passait dans 
la forêt de Rochechouart, à la Pouge, puis au sud de la 
Brousse et au nord de Berthenoux. 

D'Augustoritum à Cassinomagus, la distance d'après 
la Table est de xvn lieues, équivalant aux 41 kilomètres 
environ qui séparent Limoges de Chassenon par le chemin 
que nous venons d'indiquer. 

Chassenon conserve des vestiges importants de ses 
anciens monuments, notamment ceux d'un temple d'une 
forme particulière se rattachant aux plus vieilles tradi- 
tions religieuses de la Gaule. 

Chassenon aux B ou chaud s, Germanicomagus . — La 
voie franchit la Graine au moulin de la Soutière, suit, au 
nord de Saint-Quentin, la crête du plateau jusqu'à Suris, 
où elle traverse la Charente, qui n'est encore qu'un gros 
ruisseau, et laisse ensuite Mazières à gauche. Plus loin, 
elle délimitait naguère les communes de Cherves et du 
Châtelard, aujourd'hui réunies. Ce tronçon, en partie 
détruit, figure dans le plan cadastral du Châtelard sous 
le nom d'ancien grand chemin de Fougères, bien que ce 
village soit en dehors de la ligne. Là où la chaussée a été 
supprimée on en suit encore facilement la direction entre 
des restes de haies alignées, qui autrefois la bordaient. 

A un carrefour où confinaient les paroisses du Châte- 
lard, de Cherves et de Vitrac, la voie détache un embran- 
chement sur la Terne, située à 30 kilomètres de là et qui 



f 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 71 

au temps des Romains avait un théâtre dont les restes 
ont été détruits, il y a quarante à cinquante ans. 

Au delà de cette bifurcation, la ligne n'existe plus 
comme chemin, mais sur une longueur d'un kilomètre 
elle délimite à travers champs les communes de Cherves 
et de Vitrac ; puis elle se perd. On la retrouve, une lieue 
plus loin, avant d'arriver au village du Péage, au som- 
met d'une courbe décrite par la Bodnieure. 

La voie, qui vient d'infléchir légèrement au sud pour 
n'avoir pas à franchir deux fois cette rivière, remonte un 
peu au nord à partir du Péage, afin d'éviter quelques 
accidents de terrain et une large plaque d'argile tertiaire, 
occupée par la forêt de Quatre- Vaux. Tout en maintenant, 
autant que possible, la chaussée sur l'assise jurassique, 
l'ingénieur a fait son tracé si près du tertiaire que, dans 
la carte géologique de Coquand, c'est la voie elle-même 
qui, sur un assez long parcours, sépare les teintes attri- 
buées aux deux natures de sol. Le chemin descend 
ensuite sans dévier jusqu'à la Tardoire, qu'il traverse 
avant d'arriver à Coulgens. 

Il passe au nord de Touriers et tout près de Villejou- 
bert, puis il tend vers Montignac. Au xvn e siècle, cette 
partie de la voie était encore appelée la Chaussade. 

A Montignac la ligne de Lyon à Saintes rencontre celle 
de Rom à Périgueux et franchit ensuite la Charente, 
divisée en plusieurs bras . 

Il y avait là au moyen âge une corporation, appelée la 
Bachellerie, qui était chargée de l'entretien des chemins 
et particulièrement de la levée sur laquelle celui de 
Saintes traverse la vallée de la Charente. Nous avons 



72 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS i 

fait connaître ailleurs (1) cette curieuse commdnauté, 
exempte de toute charge féodale pour ses biens et qui 
avait à sa tête un empereur, élu chaque année. Ce fait, 
qui n'est pas absolument isolé chez nous, tendrait à faire 
croire que les voies antiques n'ont pas été complètement 
abandonnées après la chute de l'empire, mais que ça et 
là des corporations indépendantes, probablement aussi 
anciennes que les chaussées elles-mêmes, ont continué 
à leur donner des soins, ne fût-ce que pour conserver 
les privilèges attachés à cette charge. 

Les biens de la Bachellerie de Montignac, au moins en 
partie, étaient situés le long de la chaussée dont elle avait 
l'entretien. Nous trouvons de même dans la commune de 
Cellefrouin un vaste communal'à proximité de la voie de 
la Terne et qui est appelé la Bachellerie. 

Après avoir traversé la Charente, la ligne se dirige, 
par Basse et Bourserois, sur Saint-Cy bardeaux. 

Avant d'arriver à Saint-Cybardeaux, elle laisse à 
droite un mamelon qui la domine d'une quarantaine de 
mètres et sur lequel se trouvent, couvertes par une futaie, 
les ruines de Germanicomagus. Nous allons y revenir. 
Écartons préalablement les prétentions de trois autres 
localités à être identifiées avec cette mansion. 

Il n'y a pas même à s'occuper de Charmé, qui est sur 
une chaussée imaginaire, à 17 ou 18 kilomètres en de- 
hors de la ligne. 

Chasseneuil, qu'on a aussi proposé, se trouve à 3 kilo- 
mètres de la voie, sur l'embranchement de la Terne. C'est, 

(1) Exploration archéologique du déparlement de la Charente, I, 47. — Revue 
archéologique, 3 e série, t. XVIII, 242. 



f 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 7 3 

du reste, une localité fort ancienne, comme son nom le 
prouve ; mais ce vocable lui-môme, précisément parce 
qu'il est contemporain de celui de notre m station, suf- 
firait pour faire écarter l'hypothèse que Cassinogilus au- 
rait d'abord été Germanicomagus. 

Le petit bourg de Sainte-Sévère, qui a été adopté en 
dernier lieu, est du moins sur la voie ; il existait très pro- 
bablement sous les Mérovingiens et peut-être même du 
temps des Romains, c'est-à-dire que le nom qu'il porte a 
dû en remplacer un autre. Nous ne croyons pas cepen- 
dant que ce vocable antérieur ait été Germanicomagus. 
A notre avis, l'enceinte fortifiée qui a fait songer à Sainte- 
Sévère et qui se voit près du bourg n'est pas romaine. 
C'est un de ces refuges si nombreux qui furent établis dans 
nos campagnes après la chute de l'Empire et avant la cons- 
titution de la féodalité. Il y en a quelques-uns sur les- 
quels nous possédons des documents qui ne laissent au- 
cun doute au sujet de leur âge. 

Dans ces essais d'identification, on ne s'est nullement 
préoccupé des distances, parce que la Table n'en indique 
pas entre Germanicomagus et Saintes et que celle de 
Chassenon à Germanicomagus est douteuse. On a cru lire 
xvn, comme entre Limoges et Chassenon. Ces dix-sept 
lieues, mesurées sur la carte, nous conduiraient un peu 
au delà de Coulgens, sur un plateau autrefois boisé et 
aujourd'hui encore peu habité, parce qu'il manque d'eau. 
Il n'y a là aucun vestige antique et personne n'a songé à 
y chercher Germanicomagus. 

Examinons maintenant à nouveau les titres que nous 
avons déjà fait valoir ailleurs (1) en faveur des Bouchauds. 

(1) Revue archéologique, 3 e série, t. XVIII, p. 240. 



r-r- — 1 - 



74 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Les ruines dont nous avons parlé tout à l'heure se trou- 
vent près de ce village, dans la commune de Saint-Cybar- 
deaux, à un quart de lieue de la grande ligne de Lyon à 
Saintes. Elles sont restées ignorées jusqu'en 1870. Acette 
époque un des propriétaires du bois des Bouchauds, 
M. Gontier, informa la Société archéologique de la Cha- 
rente que sous sa futaie il y avait d'anciennes constructions 
dont la nature était pour lui une énigme. Dans la contrée 
on appelait cela le château des Fées. Des fouilles, conti- 
nuées depuis, firent bien vite reconnaître que c'était un 
théâtre romain. Il est établi dans une échancrure, natu- 
relle ou factice, du flanc septentrional de la colline, et 
les ruines dont la forme bizarre avait attiré l'attention 
étaient celles des vomitoires et des murs qui aux deux 
extrémités des précinctions portaient les gradins, assis 
ailleurs sur le sol même. 

Ce théâtre a 107 mètres de façade ; c'est un des plus 
grands que l'on connaisse. Mais il n'était pas remarqua- 
ble seulement par ses dimensions : la quantité considéra- 
ble de fragments de colonnes, de chapiteaux, de moulures 
de toute sorte et môme de statues qu'on a reccueillie en 
avant de la scène prouve que cette partie du monument 
était extrêmement ornée. 

Il n'a été rendu qu'un compte très insuffisant des der- 
nières fouilles ; mais un de nos meilleurs artistes, E. Sa- 
doux, a reproduit, dans une dizaine de grandes lithogra- 
phies, toutes les parties de l'édifice anciennement appa- 
rentes et celles que les premiers travaux de déblaiement 
ont mises au jour (1). 

(1) Mémoires de la Société archéologique delà Charente, 1870, planches. 



VOIES PARTANT DE LIMOGES 



75 



Au sommet du plateau, des sondages ont fait recon- 
naître des substructions d'édifices dont des fouilles plus 
complètes permettraient de déterminer le caractère. De 
petits cubes de pierre de diverses couleurs mêlés aux 
terres annoncent que l'un d'eux était pavé en mosaïque. 
Une conduite d'eau* récemment découverte (1) dans le 
voisinage du théâtre pose, à son tour, un nouveau pro- 
blème qu'il serait intéressant de résoudre. 

Quant aux simples habitations, faites en matériaux lé- 
gers, selon l'usage des Gaulois, si longtemps conservé 
chez nous, elles ont disparu. Il est cependant resté depuis 
lors un petit centre de population sur le bord même de 
la voie, à l'endroit où elle traverse la Nouère. Il s'appe- 
lait alors Elz ou Eu (2), et c'est de ce vocable gaulois, 
combirfé plus tard avec celui du patron de la paroisse, 
qu'on a fait Saint-Cybardeaux. La petite ville dont Eu 
n'était qu'un faubourg a, au contraire, complètement et 
depuis longtemps perdu le souvenir du nom qu'elle por- 
tait au temps où ses monuments étaient debout. Ses rui- 
nes sont à 66 kilomètres de Chassenon, ce qui fait 27 lieues 
gauloises de 2,436 mètres. Si on veut bien admettre avec 
nous que le copiste de la Table a pu omettre un x, c'est- 
à-dire écrire xvn au lieu de xxvn, ou qu'une lettre est 
effacée, nous aurons du même coup retrouvé le nom des 
ruines du bois des Bouchauds et identifié Germanico- 
magus. 

Il nous reste à faire sur ce nom lui-même une observa- 
tion. La Table porte Sermanicomagus. M. Longnon estime 
que c'est une erreur de transcription et qu'il faut lire 



(i) Note de M. Philippe Delamain, de Jarnac. 

(2) Cartulaire de Saint-Cybard, coté aaa, Archives de la Charente. 



7 6 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Germanicomagus (1). C'est la forme que nous avons 
adoptée d'après lui. Germanicomagus est donc le bourg 
ou le domaine de Germanicus ; Elz ou Eu, qui se trouve 
à côté, est l'ancien village gaulois. Sur la même voie, à 
l'entrée de Saintes, nous avons un monument dédié àGer- 
manicuset qui témoigne à son tour de'la popularité du hé- 
ros romain chez les Cantons et leurs voisins lesSambolectri 
agesinates ou Angoumois. 

A partir de Saint-Cybardeaux, la chaussée se dirige en 
droite ligne sur Saintes. Laissant Rouillac à droite et 
Plaizac à gauche, elle traverse Sainte-Sévère et la forêt 
de Jarnac, où elle a conservé son empierrement, touche 
à Cherves et franchit l'Antenne au pont de Sainl-Sulpice. 
A l'entrée de l'ancien pont de Saintes elle passait sous 
l'arc de triomphe de Germanicus. 



V. — LIMOGES à BORDEAUX 

Ces deux villes communiquaient par Périgueux. Nous 
rechercherons plus loin, en partant de Bordeaux, s'il n'y 
avait pas une voie plus directe. 

VI. - LIMOGES à PÉRIGUEUX 

Nous étudierons cette voie ci-après, p, 92, en partant 
de Périgueux. 

(1) Longnon, Bulletin de la Soc. des Antiquaires de Fr. t XL, 182. 



VOIES PARTANT DE SAINTES 77 



VII 

VOIES PARTANT DE SAINTES 



I. - SAINTES à NANTES 
Cette voie a été décrite ci-dessus, p. 9. 

IL - SAINTES à ANGERS 
Décrite pp. 22. 

UL - SAINTES à POITIERS 

Décrite pp. 57-66. 

Par Poitiers Saintes communiquait directement avec 
Tours et le Nord . 

IV. - SAINTES à BOUMES 
Voie probable, étudiée ci-dessus, p. 36. 

7. - SAINTES à LIMOGES 
Décrite ci-dessus, p. 68. 

W. - SAINTES à AN&OULÊME 
Voie probable, dont il sera question ci-après, p. 89. 



7 8 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

VIL—SAINTES,MediolanumSantomim, à, PÉRIGUEUX, Vesonna, 

par l'Anglade et la Berche. 

Cette voie, indiquée sur la Table, est, dans la plus 
grande partie de son parcours, facile à reconnaître sur le 
terrain et porte le nom de Chemin-Boîné, qui rappelleles 
milliaires dont elle était autrefois pourvue (1). 

La Table lui attribue deux stations, Condate et Sarrum, 
et devrait, par conséquent, marquer trois distances; or, 
elle n'en donne que deux, x et xx, qui, réunies, ne font 
guère que la moitié de celle de Saintes à Périgueux. Cette 
difficulté n'est pas la seule. D'après le système ordinaire 
de la carte, le chiffre omis devrait se placer entre Medio- 
lanum et Condate et il faudrait lire ainsi : Entre Mediola- 
num et Condate. . . (omission) ; entre Condate et Sarrum, 
x ; entre Sarrum et Vesonna, xx. Mais la Table interpré- 
tée de cette façon ne donne pour résultat que des impos- 
sibilités. Aussi bien est-ce sans tenir compte des chiffres 
qu'on a essayé d'identifier Sarrum à Charmant, situé à 
23 lieues de Périgueux, dont il ne devrait être qu'à vingt ; 
et Condate, à Cognac ou à Merpins, qui sont à vingt 
lieues de Charmant, c'est-à-dire à deux fois la distance 
voulue, et à quarante-quatre de Périgueux, alors qu'ils 
n'en devraient être qu'à trente. D'ailleurs ni Cognac ni 
Merpins ne sont sur la voie. 

Pour Condate il y a, en outre, à tenir compte d'une 
impérieuse condition topographique implicitement con- 
tenue dans ce nom liji-même. Cette station ne peut être 
placée qu'à la jonction de deux cours d'eau. Or, si on fait 

* 

(l)À.-F. Lièvre, Revue poitevine, t. IV, p. 115 : Les chemins boinés. 



[ 



VOIES PARTANT DE SAINTES 79 

partir les distances de Périgueux on est amené à chercher 
Condate, qui veut dire confluent, dans la Champagne cha- 
renlaise, où le chemin boîné, longeant une ligne de 
faîte, n'a pas, sur un parcours de 47 kilomètres, le plus 
petit ruisseau à traverser. 

Avant de nous résigner à. ne voir dans la Table que des 
erreurs nous avons essayé une autre application de ses 
chiffres (1), consistant à faire partir les distances de 
Saintes et à lire ainsi : de Mediolanum à Condate, x ; de 
Condate à Sarrum, xx; de Sarrum à Vesonna... (omis- 
sion). Ce sera dans ce document une exception, venant 
peut-être de ce que le copiste, ayant oublié d'inscrire 
avant Condate le chiffre x, l'aurait mis après et aurait 
ensuite procédé delà même façon jusqu'à Périgueux. Si 
on veut bien nous accorder que cette exception est possi- 
ble, nous rechercherons Condate et Sarrum aux distances 
indiquées, et si les deux nombres x et xx nous portent 
consécutivement à deux points anciennement habités et les 
seuls que l'on connaisse sur cette ligne, on conviendra 
que notre hypothèse est au moins plausible. 

Nous allons, en décrivant la voie, appliquer ce mode 
d'interprétation, qui nous donnera une série de coïnci- 
dences parfaitement concordantes entre elles et avec la 
Table. 

Saintes à VAnqldide^Condate. — La voie, en sortant de 
Saintes, contourne un coude de la Charente et ne prend 
sa véritable direction qu'à trois ou quatre kilomètres de 
la ville, près des Gonds. 

A Brive elle traverse une petite rivière, ce qui a valu à 

(1) Revue archéologique, III» série, t. XVIII, p. 250, 



So LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

cette localité son nom gaulois et prouve que le chemin 
existait avant elle. Les Romains n'ont dû faire que mettre 
en état l'ancienne voie qui reliait la capitale des Santons 
à celle des Pétrocores. 

La chaussée rencontre ensuite le Né. 

Si, partant de Saintes, nous mesurons sur la ligne les 
dix lieues de la Table, équivalant à 24 kilomètres 360 m., 
c'est juste au Né que nous arrivons. 

Cette rivière, qui, même canalisée, comme elle l'a été 
depuis, se dégage difficilement d'une plaine très basse, 
se divise en plusieurs cours. Le Port-de-Jappe, où aborde 
la voie, se trouve au confluent des deux principales bran- 
ches. A 500 mètres du Port-de-Jappe, dans une île formée 
par un troisième bras, qui va un peu plus bas rejoindre 
les deux autres, se trouve le hameau de l'Anglade et de 
l'autre côté de l'eau, celui de la Frénade. 

Voilà donc deux conditions remplies : nous sommes à la 
distance voulue et dans un endroit qui peut justifier le 
nom de Condate. 

La position de l'Anglade près de la jonction des divers 
cours du Né a valu à ce hameau le nom qu'il porte et qui 
n'est pas antérieur au moyen âge. Il n'y a aucune témérité 
à admettre qu'un centre de population plus ancien a pu, 
lui aussi, emprunter à cette circonstance topographique 
une dénomination ayant le même sens et, par consé- 
quent, s'appeler Condate. 

Reste la question de savoir si cet ancien centre de popu- 
lation a existé. 

En 1846, un cultivateur, en labourant, a découvert à la 
Frénade, à 300 pas de l'Anglade, un cimetière gallo-ro- 



VOIES PARTANT DE SAINTES 81 



1 
1 



main. Une fouille sommaire et très incomplète le mit en 
possession d'un assez grand nombre de vases, les uns en 
terre, les autres en verre. Dix-neuf d'entre eux,lesmieux 
conservés, ont été figurés dans le Bulletin de la Société ar- \ 

ckéologique delà Charente de Tannée 1 863. Précédemment | 

on en avait déjà trouvé d'autres, dont quelques-uns ren- j 

fermaient des monnaies impériales. Dans les champs on 1 

rencontre « un grand nombre de briques, les unes ayant 
dû servir de dallesaux appartements, les autres de couver- 
ture à quelque édifice, dont une des pièces semble indi- 
quée par un large pavé en béton ». C'est M. Marvaud qui 
nous rapporte cette découverte ; « on pourrait, ajoute-t-il, 
émettre celte opinion qu'il y eut à l'Àtiglade, comme il y 
en avait de distance en distance sur les voies romaines, 
des maisons, diversoria, où s'arrêtaient les étrangers pour 
se reposer, qui diverterent adrequiescendum » (Polybe)(l); 
mais il n'a pas soupçonné que là pouvait se trouver Con- 
date, 

La Frénade a été bâtie en H 48 par une colonie de 
moines de Cîleaux. L'Anglade date vraisemblablement de 
la même époque. En tout cas, ni l'un ni l'autre de ces vo- 
cables, à forme romane, ne sont aussi anciens que les 
vestiges que l'on rencontre près de ces deux hameaux. La 
bourgade qui les a précédés, et qui ne s'appelait ni V Anglade 
ni la Frénade, c'est Condate. 

Avant de continuer notre route, on nous permettra de 
faire remarquer que si cet ensemble de circonstances con- 
cordantes est un effet du hasard nous ne pourrons pas arri- 
ver à déterminer la position de notre seconde station, à 

(i) Bulletin de la Société archéol. de la Charente, XII, 271. 

6 



82 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

• 

moins d'une seconde rencontre de circonstances égale- 
ment fortuite et encore plus extraordinaire ; mais, réci- 
proquement, on conviendra que si la distance indiquée 
par la Table entre Condate et Sarrum nous porte juste à 
un autre point qui présente les mêmes conditions de 
vraisemblance que le premier, chacune de nos deux iden- 
tifications sera une garantie déplus pour l'autre. 

L'Angladeà la Berche, Sarrum. — Après avoir fran- 
chi le Né, la voie, au prix de quelques courbes, se main- 
tient, 60 kilomètres durant, sur une étroite zone de craie 
santonienne, qui est à peine ondulée, tandis que, au-des- 
sus, l'étage campanien, que lui aurait fait traverser la li- 
gne droite, est tout mamelonné et parfois recouvert d'une 
couche tertiaire, peu propre à l'assiette d'une chaussée. 
Dans ce long parcours elle laisse Gensac et Mainxe à gau- 
che et Éraville à droite, longe la forêt de Chardin, passe 
aux Coffres, dans une tranchée que l'on voit à côté de la 
route moderne, puis à Vesne et à Puy-Gâtis, dans la 
commune de Chadurie. 

4 

Entre Condate et Sarrum la Table compte xx lieues, 
qui, à raison de 2,436 m., nous portent un peu au delà 
du village de Puy-Gâtis. 

Nous sommes là près d'un cours d'eau, le premier que 
la voie rencontre depuis le Né, qui arrosait Condate. La 
petite rivière de Chadurie, elle aussi, a pourvu jadis aux 
besoins d'une population assez considérable. Quatre ou 
cinq hameaux, Saint-Aquitier, la Berche, Vesne et Puy- 
Gâtis, entourent le ruisseau naissant, et tous conservent 
le souvenir d'une importance passée, que, même réunis 
ils n'ont plus aujourd'hui. 



VOIES PARTANT DE SAINTES 83 

Au commencement du règne de Louis XIII, François 
de Lâge, seigneur de Chadurie et de Puy-Gâtis, présenta 
une requête au roi, portant que « ladite seigneurie est 
fertile et abondante en toutes sortes de fruits et substances 
terrestres et autres choses nécessaires pour l'usage et 
commodité de la vie humaine, qui fait que les circonvoi- 
sins de ladite terre vont souvent trafiquer et se pourvoir 
des choses qui lui manquent et ne peuvent recueillir en 
leur pays ; et surtout l'abord et négociation y est grande 
le 15 e mai, qu'on solennise audit lieu de Chadurie la fête 
de sainte Quitière, à cause que ce jour-là, tous les ans, 
on y tient une foire ». De Lâge estime que « ladite foire, 
instituée de toute ancienneté », est insuffisante et il en 
demande d'autres. 

Nous avons dans nos contrées un certain nombre de 
ces foires, uniques dans l'année et qui sont en même temps 
des frairies. Userait inutile de chercher dans les archives 
les chartes qui les auraient octroyées. Ces assemblées, 
dont l'origine est antérieure au moyen âge, se tiennent, 
les unes dans les bois, les autres près des fontaines. 

Le petit bourg de Chadurie est situé près de la plus 
haute source de la Boëme, et doit à cette position son 
nom, anciennement écrit Chapdourie [chef du ri). La frai- 
rie se tient un peu plus bas, autour de la source pérenne 
et d'une chapelle bâtie à côté, où les paysans vont encore 
en pèlerinage. On ne sait si c'est un saint ou une sainte 
qu'ils vénèrent : les uns disent saint Aquitier, les autres 
sainte Quitière ou sainte Aquitière. En vain chercherait-on, 
pour se renseigner, l'un ou l'autre de ces noms dans le 
calendrier ou les Vies des saints : c'est l'ancienne divinité 



84 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

topique qui, grâce à ce déguisement, a pu survivre au pa- 
ganisme. 

De chaque côté du ruisseau, entre Sainte-Aquitière et 
la voie romaine, on rencontre çà et là des débris antiques, 
et Puy-Gâtis, qui est sur le bord de la chaussée, doit 
peut-être la seconde partie de son nom à l'état de dévas- 
tation dans lequel s'est trouvé cet endroit lorsqu'il perdit 
jusqu'au souvenir de celui qu'il portait du temps des Ro- 
mains. 

Outre ces vestiges que le soc remue dans les champs, 
on voit à cent pas du ruisseau, entre Sainte-Aquitière 
et le chemin boîné, les restes d'un édifice dont l'âge est 
moins douteux que sa destination. Ce sont deux gros murs 
en béton, parementés en petit appareil et qui supportent 
une voûte en berceau. Les gens du pays appellent cette 
ruine la prison des Romains. Michon y a vu « un explora- 
torium ou vigie destinée à surveiller le chemin, peut-être 
même à faciliter les signaux». Il a oublié que, de Puy- 
Gâtis, où elle passe, c'est la chaussée qui domine la ruine. 
« Je ne dois pas, ajoute-t-il, oublier une circonstance assez 
remarquable, c'est que j'ai recueilli autour du monu- 
ment un grand nombre d'anses de bidons, vases en pote- 
rie que les soldats en voyage portaient suspendus à leurs 
épaules (1). » Il eût peut-être mieux valu constater sans 
commentaire l'abondance significative de débris de toute 
sorte que l'on rencontre sur ce point. 

Le hameau bâti à côté de la ruine s'appelle la Berche 
ou la Barche et lui doit sans doute ce nom. Quoi qu'il en 
soit de leur étymologie, ni la Berche, ou la Barche, ni Puy- 

(1) Michon, Statut, monument., 193. 






VOIES PARTANT DE SAINTES 85 

Gâtisne peuvent être le nom que cet endroit portait au 
temps des Romains et qui pour nous est Sarrum. 

.Nous verrons plus loin qu'à cette mansion aboutissait 
une seconde voie, venant de Pons. 

LaBerche à Périgueux. — Depuis Saintes, l'œil suit fa- 
cilement sur la carte la longue ligne que nous venons de 
parcourir, quoiqu'elle y soit indiquée seulement comme 
chemin d'exploitation. Mais à un quart de lieue de Puy- 
Gâtis l'officier chargé du lever de la carte de l'état-major 
a inscrit les mots « Voie romaine » le long d'un chemin 
d'une dizaine de kilomèlresqui se dirige vers Villebois-La- 
valette, et c'est justement là qu'il ne fallait pas l'écrire. 
Cette erreur lui a été dictée par un amateur qui, pour 
étayer une étymologie, avait besoin de conduire la chaus- 
sée, par Villebois, à la Rochebeaucourt. 

Nous avons vu que la voie porte le nom de Chemin- 
Boîné, ce qui signifie borné ou pourvu de bornes, témoins 
cet article des statuts de Pérouse : Si quis terminum seu 
boynam evulserit, solvat pro banno libras decem; et nihilo- 
minus terminus seu boy ma adlocum débit um restituât ur ; et 
cet autre texte, emprunté à un document local, c'est-à- 
dire charentais : « On territoire etjuridictiond'autruil'on 
ne peut planter boynes (1). » 

La qualification de boîné est toute naturelle pour un 
chemin romain, qui a longtemps gardé ses bornes mil- 
liaires ; mais on a préféré faire venir boîné de bovis, en 
alléguant que ce nom aurait été donné à cette voie, parce 
qu'elle était habituellement suivie par les taureaux qui 

(1) Archives départ, de la Charente, Fonds de l'Évôché, Vars. 



86 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

allaient se faire écourter (émasculer) à la Rochebeaucour t, 
Rupes bovis curtis ! 

La chaussée n'allait pas à la Rochebeaucourt (Rupes 
bellse curtis) ; mais, suivant toujours sa première direction, 
elle passe à Charmant, à Marsac, où elle n'est plus qu'un 
ravin, au nord de Ronsenac et au sud de Villebois ; puis 
elle traverse la Nizonne au Pas-Vieux ouPas-de-Fontaine. 
Partout dans ces communes elle est, comme précédem- 
ment, connue sous le nom de chemin Boîné, que lui 
donne aussi le cadastre. 

Cette appellation caractéristique conservée à la ligne 
de Saintes à Périgueux paraît avoir été assez générale au 
moyen âge. La chaussée de Périgueux à Rom est dési- 
gnée de la même façon dans un document du xv 6 siè- 
cle (1). Il y a en Forez une voie Bolène, dont le nom ne 
doit pas avoir d'autre origine (2) . 

Du Pas- Vieux le chemin boîné se dirige sur les Gours 
et la Tour-Blanche et va, croyons-nous, franchir la Dronne 
au moulin de Rochegrein. 

Nous avons vu que sur cette ligne la Table place les 
distances, non entre les stations correspondantes, mais 
après le nom de la seconde. A la droite du signe conven- 
tionnel indiquant la capitale des Pétrocores il y a, en 
effet, un nombre qui peut s'appliquer à la voie de Saintes. 
Ce nombre est xuu. Or, du Puy-Gâtis, c'est-à-dire de 
Sarrum, à Périgueux il y a un peu plus de cinquante- 
quatre kilomètres, équivalant à vingt-quatre lieues gauloi- 



(1) Lièvre, les Chemins boîné s, p. 3. 

(2) Vincent Durand, Aquae Segetœ et la voie Bolène en Forez. Saint-Etienne, 
1875. 






VOIÇS PARTANT DE SAINTES 87 

ses. C'est donc xxiv qu'il devrait y avoir sur la Table. Si 
on admet que la distance ainsi marquée appartient à la 
voie de Saintes et qu'un x a été omis, on lira ainsi toute 
cette ligne : de Mediolanum Santonum à Condate, x; de 
Condate à Sarrum, xx ; de Sarrum à Vesonna (x)xmi. 
Cette dérogation à son procédé ordinaire n'est d'ail- 
leurs pas unique dans la Table. 

VIL — SAINTES, Mediolanum Santonum, à BORDEAUX, 

But di gala, 

par Blaye. 

Cette ligne est le prolongement direct de celle d'Angers 
à Saintes (1). L'Itinéraire et la Table n'en donnentqu'une 
section . 

Saintes à Blaye, Blâma. — Jusqu'à Pons, la voie, pres- 
que droite, a été en partie recouverte par la route mo- 
derne. Sur la moitié de son parcours elle a été prise pour 
limite lors de la formation des paroisses. À six kilomètres 
de Saintes, elle passe au village des Arènes, où se voient 
des ruines romaines importantes (2). 

Pons est un des nœuds de notre réseau ; nous y revien- 
drons. Un monument de l'époque romaine, remplacé au 
xv e siècle par un manoir auquel il a légué le nom de Fa, 
atteste avec toute vraisemblance qu'il y avait là un fanum 
gaulois du genre de ceux que nous avons déjà rencontrés 
sur le bord de plusieurs voies, notamment à Villepouge 
et à Ébéon • 



(i) Voir ci-dessus, p. 22. 

(2) Recueil de la Commission des arts delà Charente-Inf., t. V, 291. 



88 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Lors delà construction du château de Pons, deux mil- 
liaires ont été utilisés comme montants ou chambranles 
de la porte dite de Saint-Gilles. L'un d'eux est -complète- 
ment fruste ; l'autre est au nom de Gordien III et indi- 
quait d'un côté la distance de Mediolanum, aujourd'hui 
illisible (1). 

De Pons à Saint-Genis, le chemin romain' ne s'éloigne 
pas beaucoup de la route moderne. Son tracé devient en- 
suite fort incertain jusque vers Etauliers. Peut-être trou- 
vera-t-on quelques indications utiles pour le reconnaître 
dans la Guide de 1552, époque à laquelle on n'avait pas 
encore commencé à créer de nouvelles chaussées et où, 
pour les longs trajets, les voyageurs suivaient générale- 
ment celles des Romains. Voici, de Saint-Genis à Blaye, 
le chemin indiqué : « Plassac ; la Tenaille ; Sainct-Duysan; 
Mirambeaux ; Petit-Beauvois ; Pleine-Sève ; Sainct-Aul- 
bin; le Bois-Franc, en la comté de Blaye; le pas de Fe- 
nestres ; Estauliers ; Gigot; la Garde ou Darde Rollant, 
duquel lieu Ton dict que Rollant jecta une lance jusques 
en la mer de Blaye; Blaye (2), » 

Blaye à Bordeaux. — Cette partie de la ligne figure à 
la fois sur la Table et dans l'Itinéraire. Elle faisait comme 
la route moderne un détour pour passer assez haut la 
Dordogne. 

A en croire la Table, ou du moins la reproduction que 
nous en avons, il n'y aurait que îx lieues de Blaye à Bor- 
deaux. C'est une erreur : le copiste a omis ou le temps 
a fait disparaître un premier chiffre. Il faut lire xix ; c'est 
d'ailleurs ce que porlel'Itinéraire. Ces dix-neuf lieues font 

(1) Julien-Laferrière, VArt en Saintonge,l, 42, planche. 

(2) La Guide des chemins de France. Paris, 4 552, p. 198. 



VOIES PARTANT D'ANGOULÊME 89 

46,284 mètres. Ily a quarante-huit kilomètres parla route 
moderne, dont le tracé parait être à peu près le même 
que celui de la voie. 



VIII 
VOIES PARTANT D'ANGOULÊME 

Angoulême, Ecolisma, capitale des Camboleclri Agesi- 
nates, fut sous l'administration romaine le chef-lieu d'une 
cité, à laquelle il imposa son nom, qui fit oublier celui 
de Cambolectres. Cette cité devint, comme les autres, un 
diocèse (1). 

La capitale de ce petit peuple, importante cependant 
et prospère, mais d'un abord difficile, fut un peu sacrifiée 
par les ingénieurs romains. C'est ce que constatait Au- 
sone lorsqu'il disait d'elle : Iculisma..., devio ac solo loco. 
Cela ne signifie pas assurément qu'il n'y avait aucun che- 
min pour arriver à Angoulême, mais veut dire que cette 
cité, assise sur son rocher, à deux cents pieds au-dessus 
de la vallée, se trouvait en dehors du réseau privilégié sur 
lequel fonctionnaient les grands services impériaux. Les 
chaussées de Lyon à la mer, de Périgueux à Saintes et 
de Nantes à Périgueux en passaient toutes trois, en effet, 
à huit ou dix milles. 

L - AMOULÊME à SAINTES 
L'abbé Michon dit que cette ligne franchissait la Cha- 

(1) A. -F. Lièvre, les Agesinates ou Cambolectri Agesinaies, dans le Bulletin 
de géographie histor. et descriptive, 1&92. 



go LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

rente au pont de Basseau et que de là elle allait à Hiersac 
en laissant Saint-Saturnin sur la gauche. Le reste du par- 
cours est des plus incertains. 

Cette voie était connue aux environs d'Angoulême sous 
le nom de chemin des Anglais (1). 



IL - AN&OULEME à POITIERS 

Dom Fonteneau et M ichon affirment l'existence de cette 
chaussée, mais les seules preuves qu'ils donnent se rappor- 
tent à une section qui lui était commune avec la ligne 
de Périgueux à Rom, dont ils ignoraient la véritable di- 
rection et que la voie d'Angoulême devait rejoindre à 
Mansle. Celle-ci d'après eux aurait presque partout, entre 
Angoulême et Mansle, été recouverte par la route mo- 
derne. Ajoutons cependant qu'au nord du pont de Churet, 
sur l'Argence, la route nationale laisse à l'ouest, pour le 
rejoindre plus loin, un ancien chemin qui monte la côte 
en ligne droite et délimite les paroisses d'Anais et de 
Vars. C'est probablement un reste de la chaussée antique. 

Au pont de Mansle la ligne d'Angoulême rejoignait celle 
de Périgueux à Rom et Poitiers. 

Nous avons dit plus haut ce que nous pensons de l'exis- 
tence d'une voie d'Angoulême à Poitiers par Nanteuil et 
Charroux. 

(1) Michon, Statistique monumentale de la Charente, 164. 



I 






VOIES PARTANT D'ANGOULÊME 91 



III. — ANGOULÊMEà LIMOGES 

Sortant d'Angoulême la voie se dirigeait vers les sour- 
ces de la Touvre en passant par les chaumes de Boismenu 
et du Recoux,oùelle n'est plus qu'un ravin; elle croisait 
au Quéroy la ligne de Rom à Périgueux, franchissait le 
Bandiat à Pranzac, et après avoir gravi la côte allait en 
ligne droite à Vilhonneur. On a reconnu il y a quelques 
années des restes de l'empierrement près du village de 
Chez-Nadaud. 

Vers Orgedeuil cette ancienne voie porte le nom de 
chemin des Anglais. D'après M. Michon, qui dit l'avoir 
« étudiée avec une attention minutieuse», elle laissait à 
droite le village de Peyron et, plus loin, celui du Mas, où 
de son temps on voyait encore les soubassements d'un 
édifice qu'il appelle exploratorium et qui était plutôt un 
fanum, De là elle arrive à l'Arbre et, se tenant toujours 
sur une ligne de faîte, laisse Mazerolles à gauche, passe à 
Mouzon et Lézignacetse confond vers Saint-Quentin avec 
la ligne de Saintes à Limoges par Chassenon (1). 

17. ~ ANGOULÊME à PÉRIGUEUX 

Nous décrirons cette voie ci-après, en partant de cette 
dernière ville. 

7. — ANGOULÊMEà BORDEAUX 
Nous n'avons trouvé aucune trace certaine de cette 

(1) Michon, Statistique monumentale de la Charente, p. 165. 



92 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

voie, dont l'existence n'en reste pas moins probable. Nous 
pensons qu'elle se dirigeait sur Coutras et que le tracé 
de la route d'Angoulême à Libourne ne s'en est guères 
écarlé quand il ne l'a pas empruntée. Elle devait croiser 
le chemin Boîné vers Puy-Gâtis et la Berche, c'est-à-dire 
à Sarrum ou dans les environs. 



IX 
VOIES PARTANT DE PÉRIGUEUX 



I. - PÉRIGUEUX, Vesunna, à LIMOGES, Augustoritum 

La Table et l'Itinéraire donnent cette ligne, mais avec 
des chiffres erronés ou contradictoires. 

Nous croyons que la chaussée, beaucoup plus courte 
que la route moderne, n'était autre jusqu'à Thiviers que 
l'ancien chemin passant à Sepl-Fonts, les Pilles et Couri- 
vaux et qu'elle allait ensuite, par Chalus, rejoindre à Aixe 
la grande voie de Saintes à Lyon. Cet embranchement 
est indiqué par la Table. 

La Table marque sur celte ligne un fines, et il y en 
avait un, en effet, celui des Pétrocores et des Lémovices; 
mais elle le place àxiv lieues de chacune des deux capi- 
tales, ce qui donne un total manifestement insuffisant. 
Du reste, l'un de ces chiffres ne se rapporte peut-être pas 
à cette ligne (1). 

D'après l'Itinéraire, ily aurait de Vesunna au fines xxi 

(1) V. ci-dessus, p. 86. 



VOIES PARTANT DE PÉRIGUEUX q3 

lieues et de celui-ci à Augustoritum xxviiï, ce qui nous 
donnerait environ 120 kilomètres de Périgueux à Limoges, 
c'est-à-dire beaucoup plus qu'il n'y a par la nouvelle route, 
alors que l'ancienne était plus courte. Peut-être y a-t-il 
dans l'un des nombres un x de trop. Dans cette hypothèse 
nous aurions de Périgueux à Limoges 39 lieues ou 95 ki- 
lomètres, ce qui est, à peu près, en effet, la distance par 
le chemin que nous avons décrit. 

Il faudrait dans ce cas chercher le fines à 21 lieues de 
Périgueux et à 18 de Limoges, c'est-à-dire à Firbeix, où 
se trouvait, en effet, avant la Révolution, la limite des 
deux diocèses. Mais cette limite elle-même ne paraît dater 
que du vn e siècle, époque où le territoire de Jumilhac-le- 
Grand fut enlevé aux évêques de Limoges par ceux de 
Périgueux. 

Si nous essayons d'appliquer à celte ligne le nombre 
xiv placé par la Table à droite de Vesunna, nous arrivons 
à un résultat assez singulier : les 34 kilomètres que repré- 
sentent les quatorze lieues nous portent un peu au delà de 
Thiviers, non loin de la limite de cette paroisse et de 
celle de Chalais. Or, avant le démembrement du vu 
siècle, cette limite paraît avoir été celle des Lémovices et 
des Pétrocores, les uns possédant Thiviers, les autres 
Chalais (1). 

Si les chiffres de la Table et de l'Itinéraire étaient plus 
certains on se demanderait si, dès le temps où ces docu- 
ments ont été faits, le territoire de Jumilhac n'était pas 
en litige. 

Par Limoges Périgueux communiquait avec Bourges. 

(1) A. Leroux, Géographie du Limousin, 50, et note manuscrite. 



94 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 



IL - PERIGUEUX à POITIERS 

Voici, croyons-nous, le tracé de cette ligne. 

De Périgueux, montant presque droit au nord, elle 
franchit la Beauronne à Château-FÉvêque, passe au Puy- 
des-Fourches et retrouve au nord du Bost- Vieux la route 
de la Rochelle à Périgueux, qui s'en était détachée à trois 
kilomètres du point de départ et dont le trajet est beau- 
coup plus long. Les deux chemins se confondent ensuite 

jusqu'à Brantôme. Toute cette première partie du trajet 
est commune à la voie de Rom et à celle que nous suivons. 

Au delà de Brantôme elle passe à Laroque, le Puy-Lau- 
rent, le Bouchet, les Bouriaux et la Châtaignade, laisse 
à droite Saint-Pancrace, traverse le Boulou au-dessous 
de Saint-Angelet, de l'autre côté, surjla hauteur, croise la 
ligne de Limoges à Bordeaux, franchit le Bandiat au- 
dessus de S. Martial et arrive àNontron. Cette ancienne 
voie, empruntée sur d'assez longs parcours par la route 
de Brantôme à Nontron, est beaucoup plus directe que 
celle-ci . 

A partir de Nontron le sol devient accidenté et il est, 
par suite, difficile de suivre la ligne. On a cependant re- 
connu la chaussée dans l'étang de Groulier, sur les confins 
des communes de Busserolles, Champniers et Piégut-Plu- 
viers. Un peu au delà, à l'est de Reilhac, un petit tronçon 
d'un kilomètre figure sur la carte de l'état-major comme 
voie romaine. 

De là elle devait aller passer à Salles-Lavauguyon, Ver- 
neuil, Lauvigny et rencontrer à l'est de Lézignat-Durand 
la ligne d'Angouiême à Chassenon, puis à Suris celle de 



VOIES PARTANT DE PERIGUEUX g5 

Saintes à Limoges. Elle traverse la Péruse, et, se tenant 
sur le plateau entre la Charente et la Vienne, se dirige 
sur la Croix-du-Couret. Déviant ensuite un peu à gauche 
elle longe le village de Lalu. Plus loin, entre ceux de Vil- 
lemier etdes Repaires, d'aprèsl'abbéMichon, «un fragment 
encore entier de la voie paraît très bien dans une étendue 
de cinquante mètres- Les pavés, dit-il, sont renfermés 
dans un encaissement bordé d'un rang de plus grosses 
pierres et disposé en dos d'âne ». M. Michon Fa encore 
constatée près du village de Lafont, où « dans les champs 
et les jardins on rencontre, à peu de profondeur, un pavé 
très dur sur lequel viennent se briser les instruments de 
labourage. Au printemps , ajoute-l-il, lorsque l'herbe 
commence à pousser, on distingue la largeur qu'occupe 
la route ; l'herbe y vient plus tardive et moins abondante. 
Dans toutes les parties où elle a été mesurée, celte voie 
a six mètres de large (1) ». La ligne traversait le Transon 
vers Tras-le-Bot et arrivait à Charroux. 

Entre Charroux et Poitiers la chaussée ne paraît pas 

« 

avoir laissé de trace, sans doute parce que la circulation, 
plus active, l'a complètement usée. 

III. - PÊRIQÏÏEUX à AMERS 

Pour aller de la capitale des Pétrocores à celle des 
Andécaves on devait probablement passer à Poitiers. 
Toutefois quelques indices nous portent à croire qu'il y 
avait un chemin plus direct, desservant Rom et Sanxay, 
deux anciennes petites villes qui se trouvent presque ma- 
il) Michon, Statistique de la Charente, p. 165. 



9 6 LES CHEMINS GAULOIS ET ROiMAINS 

thématiquement sur la ligne idéale de Périgueux à Angers. 

Nous avons décrit ci-dessus le trajet de .Périgueux à 
Rom. Au delà jusqu'à Sanxay la chaussée n'a pas, à notre 
connaissance, laissé de traces. Mais au nord de Sanxav 
il y a, exactement dans la direction voulue, un ancien 
chemin qui, se tenant sur les hauteurs, délimite, dans le 
bourg même des Forges, la paroisse des Forges et celle 
de Vasle. 

Plus loin, gardant la même direction et se tenant éga- 
lement sur une ligne de faîte, il y a un chemin qui, entre 
Oroux et Saint-Loup, sert de limite aux paroisses de 
l'Houmois etGourgé, d'une part, d'Aubigny, de Lamairé 
et du Chillou, de l'autre. Ce qui semble bien indiquer, en 
outre, que c'est là un tronçon d'une ancienne voie, c'est 
qu'un village bâti à quelques centaines de pas de son axe 
porte le nom de la Chaussée. 

Ces indications, très insuffisantes, ne peuvent avoir 
pour le moment d'autre utilité que de provoquer et de 
diriger des recherches. Ajoutons, sous la même réserve, 
que si on prolonge cette ligne dans la direction d'Angers 
elle passe à Allençon, une troisième localité qui a eu son 
importance au temps où Rom et Sanxay avaient la leur. 



IV. - PERIGUEUX à NANTES 

Cette chaussée, décrite ci-dessus, p. 12, paraît avoir fait 
partie du réseau primitif. Ajoutons que plus tard on mit 
peut-être les deux villes en communication plus directe, 
par Angoulême, les Rouchauds, Aunay et le Gué-de-Vel- 
luire. 



r 



VOIES PARTANT DE PÉRIGUEUX 97 



V. - PERIGUEUX à ANGOULEME 

La voie d'Angoulême se détache au Gours de celle de 
Saintes. Elle joint ensuite en ligne droite la Lizonne, 
qu'elle franchit au pas de Pompeigne, où elle entre dans 
ledépartement de la Charente. Elle traverse, non loin de 
là, le village de la Chaussade, qui lui a emprunté son nom, 
longe, près du Tillet, la chaume dite de la Chaussade et 
arrive à Gardes, après avoir depuis son origine toujours 
servi de limite aux paroisses, sauf aux approches des 
bourgs du Gours et de Gardes. Elle passe ensuite au 
Pontarou, au Pouyaud, aux iMaisons-Blanches, au Per- 
chet, au nord de Puymoyen età Peusec et arrive à Angou- 
lême par le faubourg de la Bussatte, 

Cet ancien chemin de Périgueux àAngoulême, en par- 
tie indiqué dans Cassini, est à la fois plus court et moins 
accidenté que celui qu'on a fait à la fin du siècle dernier. 

Au delà d'Angoulême celte chaussée se continuait vers 
Germanicomagus et peut-être jusqu'à Aunay et le Gué- 
de-Velluire. Elle aurait mis ainsi en communication di- 
recte la capitale des Pétrocores et celle des Namnètes. 

VI. - PÉRIGUEUX à SAINTES 
Décrite ci-dessus, p. 78. 

VIL — PÉRIGUEUX à BORDEAUX 
Sera décrite ci-après, p. 98. 



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98 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 



X 



LIGNES PARTANT DE BORDEAUX 



L — BORDEAUX, Burdigala, à PÉRIGUEUX, Vesunna, 

par Vayres, Coutras et le Salembre. 

Cette ligne figure sur la Table, qui, entre ces deux ca- 
pitales, place trois stations, Varatedo, Corterate et Ca- 
lambrio. Il devrait, par conséquent, y avoir quatre dis- 
tances indiquées; or, il n'y en a que trois, celle de Bor- 
deaux à Varatedo faisant défaut. D'un autre côté, celle 
de Varatedo à Corterate est beaucoup trop forte, si Ton 
admet, ce qui ne paraît pas douteux, que Varatedo soit 
le petit bourg de Vayres, situé à moitié chemin de Bor- 
deaux à Coutras, sur une ligne très directe. 

On a supposé avec raison que le nombre xviii placé à la 
suite de Varatedo s'appliquait à la distance totale de Bor- 
deaux à Coutras. La seule objection sérieuse que l'on eût 
pu faire était que ces dix-huit lieues, comptées à 2,222 
mètres, sont insuffisantes; mais si on les évalue à 2,436 
mètres elles nous portent jusqu'à Coutras, en passant par 
Vayres, Fronsac; le Billeux-au-Grand-Chemin et à côté 
de Saint-Denis-de-Pille, c'est-à-dire en suivant la voie la 
plus directe. 

La ligne remontait ensuite la vallée de l'Isle, où deux 
villages, le Grand-Chemin et la Chaussée, près de Saint- 
Antoine, paraissent lui devoir leur nom. 

M. Jullian le premier a rétabli le nom de Calambrio, 



LIGNES PARTANT DE BORDEAUX 99 

qui avait paru illisible aux différents éditeurs de la Ta- 
ble (1). Il s'agit du Salembre, que la chaussée devait tra- 
verser tout près ou peu au-dessus de son confluent avec 
l'Isle. On est là, comme le veut la Table, à xix lieues de 
Coutras. 

Du Salembre à Périgueux, par la vallée del'Isle, il y a 
x lieues, ce qui est aussi la distance inscrite sur la Table. 

Ajoutons qu'entre Libourne et lTsle il y avait un che- 
min plus court, qui, laissant Coutras à gauche, franchissait 
la rivière en aval de Saint-Médard etrejoignait sur la rive 
droite la ligne que nous venons de suivre. 

Quant au parcours donné par l'Itinéraire d'Antonin et 
qui de Bordeaux passe par Agen pour arriver à Périgue ux, 
nous dirons plus loin ce qu'il en faut penser. 

Par Périgueux Bordeaux communiquait avec Limoges ; 
c'est la route qu'indique la Table. Mais il y en avait une 
plus directe, que nous allons rechercher. 

IL — BORDEAUX à LIMOGES 

Cette ligne était le prolongement direct de lasection de 
Bordeaux à Coutras que nous venons dé décrire. Elle con- 
tinuait à remonter la vallée de la Dronne jusqu'à la ren- 
contre du Chalaure et devait ensuite s'engager dans la 
Double, où il serait peut-être assez difficile maintenantde 
retrouver son tracé. Ce n'est qu'au delà de la Tour- 
Blanche, dans laDordogne, qu'on la reconnaît d'une façon 
certaine. 

(t) Jullian, Inscriptions de Bordeaux, II, 4-26. 



307953F 



ioo LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Elle longe la forêt de Saint-James, laisse à droite 
Saint-Félix et passe à Pontarnaud, Bagatelle et Filouane 
et coupe près de la Morelière la voie de Périgueuxà Poi- 
tiers. Un titre de 1523 l'appelle « la grande pouge fey- 
teau par laquelle on va de Chalup-Chabrol à Pontarnal », 
et dans un autre, de 1626, elle est désignée comme « le 
grand chemin de Limoges à Bordeaux (1) ». Après avoir 
franchi laDronne àSaint-Pardoux, elle reprend les hau- 
teurs et passe près de Chartres. Entre Farges et les Bru- 
nies elle joint la route de Nontron à Chalus, qui lui em- 
prunte presque partout son tracé et qu'elle ne quitte plus, 
du moins jusque vers le Montibus. Quel qu'ait été en- 
suite son tracé, elle devait franchir la Vienne àAixeavec 
les voies venant de Saintes et de Périgueux. 

Dans la section que nous venons de parcourir depuis la 
Tour-Blanche, cet ancien chemin a été pris presque par- 
tout pour limite des paroisses et n'en sépare pas moins de 
dix-huit ou vingt, d'une manière presque continue, sur 
une longueur d'environ trente kilomètres. 

Par Limoges Bordeaux communiquait avec Bourges. 

III. - BORDEAUX à AMOULÊME 
Voie probable, indiquée ci-dessus, p. 91. 

IV. - BORDEAUX à SAINTES 

Décrite ci-dessus, p. 87. 

Par Saintes Bordeaux communiquait avec Nantes, An- 
gers, Poitiers et Tours. 

(1) R. de Laugardièro, Essais iopogr. et histor. sur Varrondiss. de Nonlron, 
dans le Bulletin de la Soc. archéol. du Périgord, II, 394. 



I 



II 



ILIGNES SECONDAIRES 



Les voies secondaires, destinées à desservir les centres 
de population plus ou moins importants de notre région, 
étaient évidemment très nombreuses. Mais de tous ces an- 
ciens chemins nous ne nous occuperons ici que de ceux 
qui conduisaient à des localités dont le souvenir s'est con- 
servé et de quelques tronçons bien constatés, dont la di- 
rection provoque à des recherches nouvelles. 

I. — NANTES à SAINT-PHILBERT-DE-aRAND-LIEU, Deas 

De Nantes, ou de Rezé, l'ancien Ratiaston, partait un 

chemin ferré qui, traversant l'Oignon, probablement à 
Pont-Saint-Martin, a laissé son nom au hameau de la 

Chaussée, dans la paroisse de la Chevrolière, et au moulin 
à vent de la Chaussée, situé sur la rive droite de la Bou- 
logne,] uste en face de Saint-Philbert-de Grand-Lieu. 

Saint-Philbert s'appelait primitivement Deas. Le docu- 
cument qui nous l'apprend témoigne en même temps de 
l'existence de ce chemin et nous révèle, en outre, un détail 
curieux : l'intervention du pouvoir royal dans une ques- 
tion de voirie, à une époque où on ne s'occupait plus 



102 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

guère de surveiller et d'entretenir les anciennes chaus- 
sées. 

C'était dans les premières années du ix a siècle : l'abbé 
Arnoul, obligé par les incursions des Normands d'aban- 
donner son établissement de l'île de Noirmoutier, venait 
de s'établir à Deas, sur le bord de la Boulogne, à la 
pointe méridionale du lac de Grand-Lieu. Afin d'amener 
l'eau de la rivière à son nouveau monastère, il demanda 
au roi l'autorisation de couper « la route royale, ou che- 
min chaussé », ce qui lui fut accordé, à la condition de 
faire un pont sur cette tranchée (t). 

Il n'est pas probable que cette ligne s'arrêtât à Deas, 
mais nous ignorons qu'elle en était ensuite la direction. 
Il y aurait pourtant intérêt à la connaître, comme celle 
de toutesles voies qui tendent vers la côte, parce que leur 

aboutissement même serait l'indication d'un port. 

• 

IL - SAINT-CLÉMENTIN, Segora, à la MER 

Au pont de Voultegon une voie secondaire se détache 
de celle de Poitiers à Nantes et se dirige vers l'ouest. On 
la suit facilement jusqu'au delàde Châtillon, autrefoisMau- 
léon. Prolongée en ligne droite, elle passerait versSaint- 
Georges-de-Montaigu, qui alors était Durinum, et arrive- 
rait à Beauvoir. Peut-être le village de la Chaussée, au 
sud-ouest de Rocheservière, qui se trouve dans la direc- 
tion voulue, et celui de Belle-Chaussée, à Test de Beauvoir, 

sont-ils des jalons pour retrouver cet ancien chemin. 

« 

(i) Obsecrans... uttransilum ci per viam regiara, quam stratam sive calcia- 
tam dicunt, ejusdera aquœ concederemus. — D. Bouquet, Rec. des histor. des 
Gaules, vi, S 16. 



LIGNES SECONDAIRES io3 

Une circonstance h noter c'est que près de Saint-Ger- 
vais, avant d'arriver à Beauvoir, on a constaté l'existence 
d'un monument dont nous avons trouvé les analogues sur 
d'autres lignes, notamment à Chassenon. 

Cette voie devait aboutira un port, celui de Secor, ou 
Sicor, mentionné par PtoléméeetMarcien, qui, ni l'un ni 
l'autre, ne nous fournissent de données suffisantes pour 
le retrouver. 

C'est par Segora que Poitiers communiquait avec l'ex- 
trémité septentrionale du littoral poitevin. 



III. — POITIERS à C 'ANDES, Condate 

M. Richard, archiviste du département de la Vienne, a 
appelé notre attention sur des indices qui ne laissent guè- 
re de doutes sur l'existence d'une ancienne chaussée de 
Poitiers à Candes, Condate, le bourg gaulois où mourut 
saint Martin, à la fin du iv* siècle. 

Cette voie, qui n'a pas encore été reconnue sur le ter- 
rain, se serait détachée de celle de Poitiers à Nantes 
entre Mazeuil et Verrines et ne serait autre que le che- 
min qui de là se dirige en droite ligne sur Saint -Jean-de- 
Sauves, puis sur le bourg de la Chaussée, dont le nom 
est un premier indice. Coupant ensuite le bois de la 
Chaussée et celui d'Angliers, elle va droit sur Jérusalem- 
du-Bouchet, où elle traverse la Briande, passe à côté de 
la Chavrière, puis dévie légèrement à gauche, longe le 
village de la Jaltière, franchit le Négron entre Basses 
et Sammarçoles et se dirige vers Vezières. Un peu avant 
d'arriver à Couziers, elle traverse le village d'ingrande, 



io4 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

nouvel indice doublement important puisque, en même 
temps qu'il est un jalon sur notre route, il nous avertit 
que nous sommes à la limite de deux peuples, les Pictons 
et les Turons, limite qui est restée celle des diocèses de 
Poitiers et de Tours, celle du Poitou et de la Touraine 
et est encore aujourd'hui celle des départements d'Indre- 
et-Loire et de la Vienne. De là la chaussée allait direc- 
tement à Candes, qui a été jusqu'au moyen âge un passage 
important. 

Il est probable que cette ligne se continuait de l'autre 
côté de la Loire dans la direction du Mans. 

IV. - POITIERS à LA CÔTE MÉRIDIONALE du POITOU 

Ce chemin, probablement gaulois, mettait la capitale 
des Pictons en rapport avec différents points de la côte 
méridionale de leur pays, en contournant le massif acci- 
denté de la Gâtine, dont il touchait, à Saint-Maixent, le 
contrefort le plus avancé. 

Partant de Poitiers, il passait par Jazeneuil. C'est du 
moins à Jazeneuil, Zezinoialum, que vers la fin de vu siè- 
cle, c'est-à-dire à une époque où depuis longtemps on 
ne créait plus de routes nouvelles, les moines de Saint- 
Maixent vinrent en grand cortège à la rencontre des 
restes de saint Léger, qui arrivaient par Poitiers (1). 
C'était aussi au moyen âge le chemin que suivaient les 
sauniers (2). 

Entre la Vonne et la Sèvre son tracé est fort incertain. 

Au delà de Saint-Maixent, la voie passe à Cherveux, 

(1) D. Bouquet, Recueil des hislor. des Gaules, II, 626. 

(2) Rédet, Dictlonn. topogr. de la Vienne, art. Jazeneuil. 



LIGNES SECONDAIRES io5 

délimite au sud la commune de Rouvre, puis celle de 
Germond, et arrive à Saint-Pompain, en laissant Faye à 
droite. Elle est connue dans le pays sous le nom de che- 
min Chevalet ou Chevaleret, probablement parce que, 
réduite en beaucoup d'endroits à l'état de sentier, elle 
n'est plus praticable depuis longtemps que pour les gens 
à pied qu à cheval (1). 

Après Saint-Pompain, elle passe à Bertet, Xanton, Ar- 
denne, Charzay et Fontenay (2). 

De Fontenay elle se dirige sur Mareuil par Petosse et 
Saint-Aubin. Il n'en subsiste plus maintenant que quel- 
ques tronçons ; mais là même où elle a été détruite, on 
la suit encore facilement sur la carte, où une ligne de 
points indique, à travers la plaine cultivée, la limite d'une 
dizaine de paroisses, qui était formée autrefois par le 
chemin lui-même. Il figure, du reste, sans interruption 
sur la carte de Cassini. 

A Mareuil il entre dans le Bocage et devient plus dif- 
ficile à reconnaître. A en juger par sa direction depuis 
Fontenay, il devait aboutir vers Saint-Gilles. 

De cet ancien chemin, à un carrefour où confinaient les 
paroisses de Saint-Aubin, Saint-Étienne et Nalliers, s'en 
détachait un autre (3), qui traversait le Lay au port de la 
Claie, via de la Cleia (1082), passait entre Saint-Cyr et 
Curzon, puis à Longue ville et arrivait à Saint- Vincent-sur- 

(1) Lary, Mémoires de la Société de statistique des Deux- Sèvres, IV, 169. 

(2) Fillon (Poitou et Vendée, art. Fontenay, 7) parle d'un chemin des sauniers 
qui traversait Fontenay et, venant de Poitiers, passait par Charzay, où il serait 
arrivé par Ardin. Cette direction est bien, en effet, celle de Poitiers, mais en la 
suivant il aurait eu à traverser toute la Gâtine, où on n'en a relevé aucune 
trace. 

(3) Nous suivons ici les indications de Fillon, qui connaissait parfaitement le 
pays. Nous croyons cependant que, de Fontenay au port de la Claie, il y avait 
un chemin plus court, qui passait par Mouzcuil et Nalliers. 



io6 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Jard, que Fillon croit être le Becciacum, mentionné par 
Grégoire* de Tours. Dans un titre de 1202, il est appelé 
caminus salina?:um Jardi. Depuis Fontenay on le trouve 
sous les noms de chemin Vert, chemin des Sauniers et 
aussi sous celui de chemin de Sainte-Radegonde, parce 
que c'était la route qui conduisait de Poitiers aux do- 
maines que les religieuses de Sainte-Croix possédaient à 
Jard, du temps des Mérovingiens. 

Une charte de H44, citée également par Fillon, le fait 
aboutir à Talmond : viapublica quâ itur de Talemundo ad 
civitatem Pictaviam (1). 

7. - ROM à LA MER 

La chaussée de Rom à Nantes (2) suit jusqu'à Massien, 
dans la commune d'Exoudun, une direction qui, prolon- 
gée, la conduirait, non au-dessus de l'embouchure de la 
Loire, mais beaucoup au-dessous. Cette courbe est une 
concession faite à un embranchement qui aboutissait, en 
effet, au littoral du Bas-Poitou. 

Nous ne saurions dire au juste quel était le tracé de ce 
second chemin depuis Massien jusqu'aux environs de la 
Villedieu-du-Pont-de-Vaux, où il rencontre la Sèvre, au 
sommet de Tune de ses courbes, sans la couper. Au delà, 
il n'est plus douteux. De la Villedieu il allait à Chauray 
et, d'après un titre de 1559, que possède M. Léo Desai- 
vre, il était dans cette section appelé la Brissayse. C'est 
aussi sous ce nom ou celui de Bissêtre qu'il est connu sur 

(1) Fillon, Points habités de la commune de Saint-Cyi'-en-Talmondais, pp. 52, 
53 ; — Poitou et Vendée, art. Fontenay, p. 7. 

(2) Voir ci-dessus, p. 42. 



LIGNES SECONDAIRES 107 

son parcours à travers les paroisses de Saint-Gelais, 
Échiré, Saint-Maxire et jusqu'à Saint-Pompain. M. La- 
ry (1) a émis l'opinion que le mot Bissêtre dérive dévia 
strata ; mais il faut reconnaître que celui de Brissayse, 
qui peut avoir une autre origine, est d'un usage au moins 
aussi fréquent. 

La voie, en arrivant à laSèvre, qu'elle franchit à Saint- 
Maxire, reçoit un autre ancien chemin venant de M elle. 

De l'autre côté de la rivière, on la reconnaît facilement 
à son relief, qui lui a valu d'être presque partout em- 
pruntée par la route de Villiers. 

Il y a une quarantaine d'années, d'après M. Desaivre, 
« la levée de Saint-Maxire » formait encore un bourre- 
let continu dans la plaine qui sépare Saint-Maxire de 
Villiers. « Nous avons, ajoute-t-il, rarement observé en 
Poitou une chaussée romaine sur une aussi grande lon- 
gueur. On voyait que, au lieu de creuser des fossés de 
chaque côté de leurs routes, les Romains les établissaient 
presque toujours £en relief, système plus dispendieux, 
mais offrant l'avantage d'exiger moins d'entretien. Il 
existe un talus semblable sur le chemin des Chaussées (2), 
dans la commune de Saint-Georges-de-Noisné (3). » 

La voie que nous venons de suivre allait, dit-on, rejoin- 
dre à Saint-Pompain celle de Poitiers à Fontenay (4). 
Des recherches dans la plaine, à l'ouest de Villiers, fe- 
raient peut-être reconnaître qu'elle s'y rendait un peu 
plus directement en passant près de Cenan et de Sauverré. 
Dans ce cas, ce serait pour elle qu'aurait été construit le 

(1) Lary, Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres, IV, 168. 

(2) Voir ci-dessus, p. 13. 

(3) Note communiquée par M. Léo Desaivre. 

(4) Voir ci-dessus, p. 105. 



io8 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

pont dont M. Brochet, agent-voyer d'arrondissement, a 
reconnu les restes dans le lit de l'Autise, un peu en amont 
de Nieul. M. Brochet a décrit ces vestiges (1) avec la 
compétence d'un homme de l'art et p. bien voulu nous 
communiquer les plans et coupes du pont et de ses 
abords. Il se composait de trois arches de 3 m. 15 d'ou- 
verture, appuyées sur deux culées et deux grosses piles 
de deux mètres de largeur. Sous le pont la rivière était 
bétonnée d'une rive à l'autre. 

Quoi qu'il en soit de la direction de ce chemin entre 
Villierset la Vendée, il est certain qu'à partir de Fonte- 
nay au moins il se confondait avec celui de Poitiers à la 
mer. 

Rom n'étant pas un centre assez important pour en faire 
une tête de ligne, il est probable que cette voie aboutis- 
sant à la côte était le prolongement d'une autre venant de 
Limoges. 

VI. - BRIOUX à JARNAG 

Au cours de ses remarquables fouilles du cimetière 
mérovingien d'Herpès (2), M. Philippe Delamain a fait 
une constatation importante : les sépultures étaient ran- 
gées de chaque cô^é d'une ancienne chaussée, maintenant 
recouverte de terre et qui, allant du nord au sud, laisse 
un peu à l'est le chemin moderne et le village d'Herpès. 

Cette chaussée venait certainement de Brioux et, pro- 
longée dans le sens opposé, conduisait à Jarnac. 

(1) Brochet, Revue des provinces de l'Ouest, II, 197. 

(2) Ph. Delamain, le Cimetière d'Herpès, Angoulème, 1892, in-4; publication 
de la Société archéol. de la Charente. 



LIGNES SECONDAIRES 109 

Partant d'Herpès et remontant vers le nord, elle ne de- 
vait pas s'écarter beaucoup d'un chemin qui délimite les 
paroisses d'Herpès et de Neuvicq, de Neuvicq et de Mac- 
queville, de Neuvicq et de Sciecq, de Sciecq et de Saint- 
Ouen, de Brédon et de Beauvais, de Beauvais et de 
Cressé, de Cressé et de Bazauges, de Cressé et de Fon- 
taine-Chalendray, sans traverser aucune de ces lctcalités, 
si ce n'est Beauvais. Elle passait, croyons-nous, à Saint- 
Maixent, près de Fontaine. Il est ensuite plus difficile de 
la suivre sur la carte. On ferait peut-être utilement des 
recherches, à l'est de Vinax, dans le voisinage du sentier 
qui, à travers la forêt d'Aunay, délimite les départements 
de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres. 

Partant d'Herpès, seul repère certain, et descendant 
vers le sud, la voie passe au port d'Herpès et au Bourg- 
des-Dames, et se dirige ensuite vers Jarnac, ou plutôt 
vers les Grands-Maisons, où il y a eu un établissement ro- 
main assez important, à l'ouest de la ville. 

La ligne, après avoir franchi la Charente, devait, à en 
juger par sa direction générale, aller vers Coutras, ou 
peut-être se bifurquer. 

VIL — CEASSENON à LA TERNE 

Cette chaussée se détachait de celle de Limoges à Saintes 
à un carrefour où confinent les paroisses du Châtelard, de 
Cherves et deVitrac. Son parcours est d'environ 30 kilo- 
mètres et presque partout elle a été prise comme limite ^ 
lers de la formation des paroisses. Elle rencontre à Chas- 
seneuilla Bonnieure, qui n'est qu'un ruisseau, traverse la 



no LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

forêt de Bel-Air, laisse la Tâche à droite, passe à la Pote- 
rie, coupe la Tardoire à Puygelier, croise à Mansle la voie 
de Rom à Périgueux et franchit la Charente au pied du 
coteau sur lequel était la Terne. En faisant la route moder- 
ne on a reconnu les restes du théâtre de cette petite ville 
dans la prairie de la rive gauche, presque au niveau de la 
rivière. • 

VIII. — AmOULÊME aux BOUCHAUDS, Germanicomagus 

La voie d'Angoulême aux Bouchauds, Germanicomagus, 
prolongement direct de celle qui reliait Périgueux à la ca- 
pitale des Ecolimenses, se tient comme elle presque tou- 
jours sur les hauteurs. Elle passe àVénat, auPuy-du-Maine 
et à Saint-Genis. Elle est désignée sous le nom de Magna 
Strata dans une charte de 1212, et plus souvent appelée 
le grand chemin de Saint-Cybard ou d'Angoulême à Saint- 
Genis. 

Au xiii* siècle il y avait dans la paroisse de Marsac, 
traversée par cette ligne, xmimperator, chargé sans doute, 
comme son confrère de Montignac, de l'entretien de la 
chaussée . 

De Saint-Genis la voie joint en droite ligne celle de 
Limoges à Saintes, qu'elle coupe près d'un carrefour où 
confinentles paroisses deSaint-Cybardeaux, Genac et Saint- 
Genis. A 1500 mètres de là elle arrive aux ruines de 
Germanicomagus. 

Elle se prolongeait probablement jusqu'à Aunay ; mais 
nous ne l'avons pas étudiée plus loin ni sur le terrain ni 
dans les documents. On pourrait supposer même, étant 
donnée sa direction, qu'elle allait rejoindre à l'entrée du 






/ 



LIGNES SECONDAIRES 1 1 1 

Marais la chaussée de Saintes à Nantes, mettant ainsi en 
communication les Ecolismenses avec les Namnètes. 



IX. - SAINTES, Mediolanum, à TALMONT, Tamnum 

Cette voie est inscrite dans la Table, où elle paraît 
continuer celle de Poitiers, que nous avons suivie jusqu'à 
Saintes (1). 

Elle passait au village de la Chaussée, sur la limite 
des communes de Rétaud et de Chermignac. 

De Mediolanum à Tamnum la Table compte treize 
lieues représentant 31,668 mètres, c'est-à-dire, à quelques 
dizaines de mètres près, la distance de Saintes à Tal- 
mont. 

C'est pour avoir ignoré l'existence de cette voie directe 
qu'on a fait tant d'efforts infructueux pour mettre d'ac- 
cord la Table et l'Itinéraire sur le trajet de Saintes à 
Talmont. 

Talmont, qui est à la distance exigée par la Table et 
qui pourrait évidemment arguer de son nom, a un autre 
tilrepour établir son identité avec Tamnum : ce sont les 
vestiges considérables qui témoignent de son importance 
à l'époque romaine. Tamnum n'était pas, comme la 
bourgade de nos jours, tout entier compris sur un petit 
promontoire, entre un marais et la Gironde : il s'éten- 
dait à l'est sur le plateau où se trouvent, près de l'an- 
cienne voie, les ruines d'un fanum qui portent aujour- 
d'hui un moulin, appelé, de ce chef, moulin du Fa. 

(1) Voir ci-dessus, p. 57. 



* 



ii2 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 



X. — SAINTES, Mediolanum, à ROYAN, Novioregum 

L'Itinéraire, qui de Poitiers à Saintes et ensuite de 
Talmont à Bordeaux est d'accord avec la Table, en 
diffère entre Saintes et Talmont (1). 

Entre ces deux stations il en place une autre, Novio- 
regum, qui ne saurait être sur la route de Saintes à 
Talmont, puisque, d'après la Table, il n'y a que treize 
lieues de l'une de ces mansions à l'autre et que, d'après 
l'Itinéraire, il y en a xv de Saintes à Novioregum seule- 
ment, et ensuite xii de cette dernière station à Talmont. 
Cette simple considération a porté d'Ànville à admettre 
deux lignes,, l'une directe, l'autre indirecte, entre Saintes 
et Talmont, la première indiquée par la Table, la seconde 
par l'Itinéraire. Il n'avait, du reste, exploré ni l'une ni 
l'autre des deux voies dont il suppose si justement l'exis- 
tence (2). 

Nous venons de faire connaître le chemin direct ; il 
nous reste à trouver celui de Saintes à Novioregum et 
ensuite celui de Novioregum à Talmont, qui ensemble 
constituent le trajet donné par l'Itinéraire. 

La ligne de Saintes à Novioregum est la suite de la 
grande artère qui traversait toute la Gaule, de Lyon à 
Saintes, d'où elle se prolongeait jusqu'à l'embouchure de 
la Gironde. Son tracé entre Saintes et la mer ne paraît 
pas différer beaucoup de celui de la route de Royan. Sur 
quelques points seulement, au delà de Pisany, par 

(1) Voir ci-dessus, pp. 57*65, et ci -après, p. 114. 

(2) D'Anville» Notice de l'ancienne Gaule, p. 497. 



LIGNES SECONDAIRES n3 

exemple, il faut la chercher plus au sud. Peul-être 
passait-elle au pied du fanum de Pirelonge. 

C'est cette route que l'auteur de l'Itinéraire a prise et 
qui Ta amené à la station deNovioregum, située à quinze 
lieues de Saintes. Ces quinze lieues représentent pour 
nous trente-six kilomètres et demi. Par le nouveau che- 
min, établi en partie sur l'ancien, Royan n'est qu'à trente- j 

six kilomètres. Nous n'en admettons pas moins que le port } 

de Royan a succédé à l'antique Novioregum ; mais il lui a j 

succédé en reculant peu à peu devant les empiétements j 

de la mer. 

Ces progrès de l'océan ne sont pas douteux. Au sud de 
Royan, à la pointe de Vallière, les flots achèvent de dé- 
molir un rocher sur lequel on reconnaît encore quel- 
ques vestiges d'un établissement romain* Au nord, 
entre Pontaillac et Saint-Palais, les habitants de la côte, 
durant les siècles malheureux qui suivirent la chute de 
l'Empire, avaient creusé dans la roche une série de refuges 
auxquels on accédait par des puits verticaux et dont les 
salles communiquaient entre elles par des couloirs. Lamer, 
depuis douze à quinze siècles, a rongé le rocher dans le- 
quel ces souterrains avaient été taillés; les couloirs main- 
tenant débouchent dans la mer et, à marée basse, on re- 
connaît encore la place et le plan d'une chambre à laquelle 
l'un d'eux conduisait. 

Au siècle dernier, le P. Arcère (1) estimait à deux pieds 
par an cet empiétement de la mersur certains points du 
littoral de la Saintonge . M. Bouquet de la Grye,qui, avant de 
créer de toutes pièces un port sur cette côte, a dû étudier 

(1) Arcère, Histoire de la Rochelle, 1, 11. 

8 



u4 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

les phénomènes qui en modifient continuellement la con- 
figuration, évalue le retrait annuel du continentà cinquante 
centimètres. D'après ces données, ce serait environ sept 
cents mètres que la mer aurait gagnés depuis le temps 
où Fauteur de l'Itinéraire inscrivait dans son livre le nom 
de la station qui nous occupe. Nous avons vu que cjnq à 
six cents mètres nous suffisent, et nous concluons que 
c'est à peu près à cette distance en mer, devant Royan, 
qu'il faut placer Novioregum. 

XL — ROYAN, Novioregum, à BLAIE, Blavia, 

par Talmont. 

Royan à Talmont, Tamnum. — Après Novioregum, l'Iti- 
néraire inscrit Tamnum, qui en serait à xu lieues. C'est 
presque le double de ce qu'il y a entre Royan et Talmont. 
11 faut supposer qu'un copiste a mis un x pour un v. On a 
alors vnlieues, et ce chiffre correspond, en effet, à la dis- 
tance réelle, la éhaussée, dont, à notre connaissance, il ne 
reste pas trace, ayant dû s'écarter un peu de la côte pour 
éviter tantôt les dunes, tantôt les marais. 

Talmont à Blaye. — Le chemin devait passer par Saint- 
Seurin, Saint-Romain, Saint-Bonnet et Saint-Ciers-la- 
Lande, toutes anciennes bourgades qui, devenues chré- 
tiennes, ont pris le nom deleurpatron. Il en fut de même 
de Saint-Martin-de-la-Caussade, qui, de plus, emprunta 
à la voie son qualificatif. 

La section de Talmont à Blaye figure à la fois dans la 
Table et dans l'Itinéraire . Celui-ci donne comme distance 
xvi lieues ; d'après la Table il y en axxn, ce qui équi- 
vaut à près de cinquante-quatre kilomètres. Le parcours, en 



LIGNES SECONDAIRES n5 

longeant la rive delà Gironde, est de cinquante-un ; mais il 
est d'environ cinquante-cinq,si Ton se lient sur les plateaux, 
comme la chaussée a dû le faire pour éviter les marais qui 
bordent la rivière. 

La ligne que nous venons de suivre rejoignait à Blaye 
celle de Saintes à Bordeaux (1). 

On a trouvé, à Saint-Ciers-la-Lande, une colonne mil- 
liaire qui est aujourd'hui au musée de Bordeaux et dont 
M. Juliianapubliérinscription (2). Le savant épigraphiste 
n'ignorait paslaprovenance de cette borne, maispour avoir 
méconnu à la fois le véritable tracé de la voie et la valeur de 
la lieue gauloise, il n'a pu tirer aucun parti de ce docu- 
ment important. Ce milliaire porte le chiffre xxvii, sans 
indication de fines ni de capitale. Il n'est pas douteux 
toutefois que ce ne soit là une distance et que cette dis- 
tance ne soit celle d'un chef-lieu. Or, Saint-Ciers est à 
dix-neuf kilomètres et demi de Blaye, équivalant à huit 
lieues de 2,436 mètres, et nous avons déjà vu que de Blaye 
à Bordeaux il y a dix-neuf lieues gauloises, ce qui de 
Saint-Ciers à Bordeaux donne exactement les xxvn lieues 
inscrites sur la borne. Nous pouvons induire de là avec 
certitude que lacité des Bituriges vivisci s'étendait jusqu'à 
Saint-Ciers; mais comme, d'autre part, le milliaire ne 
donne pas la dislance d'un fines ^ nous devons en conclure 
qu'il était planté à la frontière même des Bituriges et des 
Santons, qui, par conséquent, se trouvait à Saint-Ciers, 
où la borne a été découverte. Ajoutons que cette limite n'a 
pas varié depuis : après avoir été celle de deux cités, de 



(1) Voir ci-dessus, p. 88. 

(2) Jullian, Inscriptions de Bordeaux, II, p. 230. 



iiÔ LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

deux diocèses et de deux provinces, elle est aujourd'hui 
celle de deux départements. 



XII. — LA BERCEE, Sarrum, à la MER 

Les vestigesdeSarrum sont, commenousl'avonsvup. 82, 
disséminés sur un assez vaste espace ; mais il ne faudrait 
pas croire qu'une population très dense et, par conséquent, 
considérable y était agglomérée. Ce ne devait être qu'un 
gros bourg, composé de quelques édifices et d'un certain 
nombre d'habitations largement espacées, comme l'étaient 
en général celles des Gaulois. La voie d'Angoulême à 
Bordeaux croisait tout près de là celle de Saintes à Péri- 
gueux. Une autre ligne en partait, faisant avec celle de 
Saintes un angle assez aigu, et se dirigeait vers l'embou- 
chure de la Gironde; c'était le chemin de la Fait. 

Cette dernière voie traverse Voulgézac, Rouffiac, Plas- 
sac et Jurignac et séparait ensuite les anciennes parois- 
ses de Nonaville, Malaville, Bonneuil, Sonneville, Ligniè- 
res et Saint-Palais-des-Combes, qu'elle laisse à gauche, 
de celles de Birac, Eraville, Saint-Preuil et Segonzac, 
situées à droite, puis elle franchit le Né vers Saint-Fort. 

Depuis Sarrum jusqu'à Saint-Fort elle se tient cons- 
tamment sur les hauteurs qui départissent les eaux entre 
la Charente et le Né, son affluent, et c'est à cela qu'elle 
doit son nom de chemin de la Faît. 

Cette ancienne route est très connue dans le pays, et 
les géomètres du cadastre, tout en dénaturant son nom 
de diverses façons et jusqu'à en faire le chemin delà Fée, 
l'ont indiquée sur les plans d'une douzaine de communes. 

Elle est aussi très souvent mentionnée dans les titres, 



LIGNES SECONDAIRES 117 

tantôt sous le nom de grand chemin de la Fait, tantôt 
sous celui de grand chemin de la Faiteau. La plus ancien- 
ne de ces mentions est de 1452 ; mais cette date est très 
suffisante pour prouver que nous avons affaire à une voie 
antique : un chemin de long parcours qui existait à la fin 
du moyen âge doit être, en effet, par cela môme, consi- 
déré comme romain ou gaulois. 

De l'autre côté du Né, sur un sol moins accidenté, la 
chaussée est plus droite. Elle passe à Saint-Martial-de- 
Coculet, délimite ensuite les paroisses de Lonzac, Esche- 
brune et Bougneau, d'un côté, et celle de Saint-Martial, 
Jarnac-Champagne, Chadenac et Biron, de l'autre ; puis 
elle arrive à Pons ; de là à Gemozac et enfin à Hoyan. 

XIII. — PONS à PÉRIGUEUX 

A en juger par le nombre des voies qui s'y rencon- 
traient, Pons a dû être au temps des Romains un centre 
important. Nous avons déjà vu qu'il était traversé par 
celles de Saintes à Bordeaux et de Sarrum à la mer. 

Une autre reliait Pons à Périgueux. Depuis Avy, non 
loin de Pons, jusqu'à Guimps, dans le département de 
là Charente, c'est-à-dire sur une longueur de vingt kilo- 
mètres, elle avait été tirée au cordeau, et depuis elle n'a 
pour ainsi dire pas dévié. 

Au delà de Guimps, où elle franchit le Tré,la ligne en- 
tre dans un pays accidenté et y décrit des courbes qui ren- 
dent difficile de la suivre. Nous croyons qu'elle passait à 
Challignac, puis entre Poullignac et Sainte-Souline, et 
qu'elle traversait la Tude non loin de Peudry. 

Il y a dans la partie méridionale de la Saintonge et de 



n8 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

l'Angoumois des chemins dits de Charlemagne (1), qui 
sont probablement d'anciennes chaussées, mais sur les- 
quels nous manquons de renseignements précis. La ligne 
que nous recherchons est peut-être une de ces routes at- 
tribuées au grand empereur. 

XIV. - PONS à C OUTRAS 

Cette ligne se détachait de la précédente àÀvy, laissait 
Marignac un peu à droite, traversait le Tré au pont 
d'Usseau et, se tenant ensuite sur le plateau peu acci- 
denté qui sépare le Tré de la Seugne, passait à l'Hôpital- 
de -Saint-Maurice, Léoville, Chantillac et Chevanceau, 
puis de là se dirigeait vers Montguyon. 

Peut-être est-ce encore là un de ces chemins de Char- 

* 

lemagne dont nous parlions tout à l'heure. 

Dans l'ancien cimetière de Chadenac, on a découvert, 
transformé en sarcophage, un milliaire qui doit provenir 
de cette chaussée. On n'y lit (2) qu'une seule dislance, XXI V, 
qui ne saurait être celle de Saintes, silué à onze lieues 
seulement, mais qui est évidemment celle du fines des 
Santons et des Bituriges. En supposant, en effet, que la 
borne exhumée à Chadenac y ait été amenée du point de 
la voie le plus rapproché, c'est-à-dire des environs de 
Marignac, les vingt-quatre lieues nous portent, sur la 
route de Coutras, àlalimitede l'ancien diocèse de Saintes, 
qui avait dû conserver celle de la cité Santone. 



(\) Rec.dela Commission des arts de la Charente -Inférieure ,11* série, I. p. 121. 
(2) L. Audiat, Epigraphie santone, pp. 4 et 189 ; Héron de Villefosse, Bulletin 
de la Société des Antiquaires de France, de 1880, p. 243. 



» \ 



LA TABLE ET L'ITINÉRAIRE 119 

Nous avons réservé jusqu'ici deux questions qui se sont 
plusieurs fois posées devant nous et que nous pouvons 
maintenant aborder avec l'autorité des faits constatés : 
celle de la concordance ou du désaccord de la Table et 
de l'Itinéraire pour certains parcours et celle delà valeur 
(Je la lieue gauloise. 

Beaucoup d'archéologues considèrent la Table et 
l'Itinéraire comme des tableaux complets du réseau 
romain et, par suite, essaient de les mettre d'accord quand 
ils ne le sont pas, ni ne peuvent l'être, parce que, entre 
deux points qui sont les mêmes, ils indiquent des routes 
différentes. 

Ni la Table ni l'Itinéraire ne contiennent le tableau 
complet des grands chemins de l'Empire. Il y a même des 
lignes importantes et en grand nombre qui ne figurent ni 
dans l'un ni dans l'autre de ces documents. La Table, 
moins encore par ses dimensions que par son singulier 
système graphique, était condamnée à en omettre 
beaucoup, de celles surtout qui vont du sud au nord. 
Quant à l'Itinéraire, il est douteux que l'auteur, auquel 
son plan n'imposait aucune gêne, ait eu l'intention de 
dresser le tableau complet du vaste réseau qui de la 
Grande-Bretagne s'étendait jusqu'au centre de l'Asie. 
Nous en donnerons comme preuve l'omission de la chaus- 
sée de Lyon à Saintes, l'une des quatre grandes artères 
de la Gaule* 

Il suffit de faire le redressement de la Table pour s'a- 
percevoir qu'il s'y trouve des lacunes, et de même si on 
figure sur une carte les parcours indiqués par l'Itinéraire 



120 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

dit d'Antonin, ils produisent un tout autre effet que celui 
d'un tableau d'ensemble. On serait plutôt porté à croire à 
Titinéraire d'un voyageur quelconque qui aurait consigné 
sur ses tablettes les tournées qu'il avait faites ou se pro- 
posait de faire, et qui, par des motifs tout personnels, ne 
prenait pas toujours le chemin le plus court. 

Ainsi nous avons vu qu'entre Blaye et Saintes, au lieu 
de prendre la ligne directe, passant par Pons, il suit celle 
du littoral, qui le conduit à Talmont, et que de là, pouvant 
encore gagner la capitale des Santons par une route indi- 
quée sur la Table, il préfère pousser jusqu'à Royan, et ne 
revient enfin rejoindre, à Saintes, le chemin de Poitiers 
qu'après avoir, depuis Blaye, allongé son parcours d'une 
douzaine de lieues. 

AVARiciMC 

1 ' ^ ■ m *m ■ ■ .^^ 

Acum/ 

lEDtOLANUM SAIT 

•AuGUSTOXÎTIfM 

ESUNNA 

Entre Bordeaux et Périgueux, il devient plus évident 
encore que l'auteur de l'Itinéraire a un tout autre but que 
de nous faire connaître la route la plus courte. 

Partant de Bordeaux, il nous conduit d'abord à Agen ; 
puis, par Eysses, Excisum, il nous mène au passage, tra- 
jectusj de la Dordogne, dont la Table nous donne le nom : 




LA LIEUE GAULOISE 121 

Diolindum, la Linde; et ce singulier guide nous fait enfin 
arriver à Périgueux après un parcours de 126 lieues, 
tandis qu'en suivant la ligne indiquée par la Table nous 
n'en aurions eu que quarante-sept. 

La Table et l'Itinéraire ont naturellement beaucoup 
de lignes ou de sections communes, mais môme dans ce 
cas il ne faut pas oublier qu'ils ne sont pas un double l'un 
de l'autre. Après avoir été d'accord pour un parcours 
plus ou moins long, ils peuvent toujours, à une station 
quelconque, diverger ; ou bien, d'un point à un autre, 
Saintes et Blaye, par exemple, indiquer des routes diffé- 
rentes. Ce serait alors peine perdue que de chercher sur 
une même route des stations qui se trouvent sur deux, ou 

vouloir faire concorder des distances qui n'ont entre elles 
aucun rapport* 



Dans l'étude que nous venons de faire et où nous avons 
eu tant de mesurages à opérer, tant de chiffres à contrô- 
ler, nous avons toujours admis, avec M. Aurès et 
contrairement à l'opinion de la Commission de la topogra- 
phie des Gaules, que la lieue gauloise équivaut à 2,436 
mètres. Aux données de la Table de Peutinger, de l'Itiné- 
raire d'Antonin et des bornes milliaires nous avons com- 
paré des mesures prises, non sur une carte à petite échel- 
le, mais sur celle de l'état-major au 80,000 e ; non en une 
seule fois et comme à vol d'oiseau, d'une station à l'autre, 
mais par petites sections, en suivant aussi rigoureu- 
sement que possible le tracé du chemin. On a vu quel a 
été dans chaque cas le résultat de cette opération : le 
mesurage nousa conduit, pour les mansions, à des endroits 



i 



122 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

qui ont conservé des vestiges de leur passé ou même leur 
ancien nom, Segora, Saint-Clémentin, Rauranum, Rom, 
Tamnum, Talmont, Condaie, l'Anglade, Sarrum, Sainte- 
Aquilière ou laBerche,etc, et, pour les fines, aux limites 
des anciens diocèses, dont les circonscriptions à l'origine 
ne différaient pas de celles des cités. De même pour les 
Ingrandes. Nous avons ainsi fixé sur une dizaine de 
points les frontières de huit anciens peuples de la Gaule. 

Avant de clore ce travail nous voudrions rendre plus 
concluante encore cette évaluation de la lieue en l'expéri- 
mentant, en grand. 

Il y a une chaussée qui traverse toute notre région, 
de la Loire à la Gironde, c'est celle de Tours à Bor- 
deaux. Elle est connue depuis longtemps et nous l'a- 
vons à notre tour décrite tout à l'heure. Son tracé à 
travers des plaines calcaires, où il n'a rencontré aucune 
difficulté sérieuse ,a été fait comme au cordeau par lon- 
gues sections, et on peut considérer comme négligeable 
l'écart entre le mesurage opéré sur la carte, c'est-à-dire 
sur une projection horizontale, et celui que les ingénieurs 
romains ont dû faire sur le terrain même, dont ils sui- 
vaient les ondulations. Celte voie figure tout entière sur 
la Table et pour la plus grande partie dans l'Itinéraire. On 
possède, en outre, un certain nombre de ses milliaires, 
dont les indications précises s'ajoutent à celles de la Ta- 
ble et de l'Itinéraire ou permettent de les contrôler. Sur 
ce chemin sont échelonnées sept stations, dont l'identifi- 
cation n'est guère plus discutable que celle de Caesarodu- 
num et de Burdigala, les deux têtes de ligne. La chaussée, 
enfin, traverse le territoire de quatre peuples et, par une 
heureuse chance, nous avons Tindication de leurs limites 



«•M 



» » 



LA LIEUE GAULOISE «3 

soit sur les bornes soit dans l'Itinéraire ou la Table. 
Tous les moyens de contrôle sont donc ici réunis. 

En somme, voici à quoi nous sommes arrivé pour cette 
ligne (1) : de Tours à Bordeaux, il y a 148 lieues, qui font 
360 kilomètres et demi, au lieu de 364 à 365 qu'il y a réel- 
lement. La légère différence, qui ne fait pas deux lieues, 
provient des fractions toujoursnégligées entre les stations 
par les milliaires, la Table et l'Itinéraire. 

Dans ce long parcours il n'y a un peu de doute sur le 
tracé qu'entre Blaye et Bordeaux. Si de nos calculs nous 
écartons cette section, il nous reste de Tours à Blaye 129 
lieues, qui font 314,214 mètres, tandis qu'il y a près de 
318 kilomètres. La différence provenant de l'omission 
des fractions est de trois à quatre kilomètres, c'est-à-dire 
de moins de deux lieues. 

Si au contraire nous essayons d'appliquer au même par- 
cours la lieue de 2,222 mètres, voici à quels résultats nous 
arrivons : 

Les 102 kilomètres de Tours à Poitiers font 45 lieues 
et non 42, que porte la Table ; 

Les 39 kilomètres de Poitiers à Rom donnent 1 7 lieues 
et non 16, comme le veut la Table, d'accord avec l'Itiné- 
raire et les bornes ; 

Entre Rom et Aunay, il y aurait 21 lieues, tandis que la 
Table, l'Itinéraire et les milliaires n'en ont inscrit que 20 ; 

D'Aunay à Saintes la Table et l'Itinéraire se seraient 
trompés de 4 lieues ; 

De Saintes à Talinont l'écart équivaudrait à une lieue ; 

Il serait de deux entre Tamlont et Blaye ; 

(i) Voir ci-dessus pp. 33, 58-64, 111, 88. 



124 LES CHEMINS GAULOIS ET ROMAINS 

Et d'une entre Blaye et Bordeaux, si on tient compte 
de cette section. 

En résumé, les 148 lieues de Tours à Bordeaux, si on 
les évalue à 2,222 mètres seulement, ne Font que 329 
kilomètres, c'est-à-dire 35 kilomètres de moins que la 
distance réelle. Ces 35 kilomètres font plus de 15 lieues 
qui, réparties entre les huit sections, constituent en 
moyenne un déficit de deux lieues entre une station et une 
autre. 

Quant aux fines il faut, avec la lieue de 2,222 mètres, 
ou renoncer à tirer parti des indications de la Table, de 
l'Itinéraire et des bornes pour les fixer, ou se résigner à 
trouver partout ces données en désaccord avec les autres 
renseignements que nous possédons sur les limites des 
peuples de la Gaule, 



I 



TABLE 



1. Lignes principales 7 

I. Voies partant de Nantes 9 

i. Nantes à Saintes 9, 77 

2. — à Périgueux 12,96 

3. — à Limoges 19 

4. — à Poitiers 19,38 

5. — à Angers 20,21 

H. Voies partant d'Angers 21 

1. Angers à Nantes 20, 21 

2. — à Saintes 22,77 

3. — à Périgueux 26,95 

4. — à Poitiers 26,48 

5. — à Tours 29, 31 

III . Voies partant de Tours 31 

1 . Tours à Angers 29, 31 

2. — à Poitiers 31,48 

3. '— à Bourges 35,35 

4. — à Limoges 67 

IV. Voies partant de Bourges 35 

1. Bourges à Tours 35, 35 

2. — à Poitiers 36, 48 

3. — à Saintes 36,77 

4. — à Limoges 38, 66 

V. Voies partant de Poitiers 38 

1. Poitiers à Nantes 19, 38 

2. — à Angers 26, 48 

3. — à Tours 31, 48 

4. — à Bourges 36,48 

5. — à Lyon 54 

6. — à Limoges 56,68 

7. — à Périgueux 56,94 

8. — à Angoulême 56,90 

9. — à Saintes 57,65,77 



^~7F , „ ^s^SiBmSi^Kt 



126 TABLE 

VI. Voies partant de Limoges 66 

1. Limoges à Bourges 38, 66 

2. — à Tours 67 

3. — à Poitiers 56,68 

4. — à Saintes 68,77 

5. — à Bordeaux 76,99 

6. — à Périgueux 76,92 

7. — à Angoulême 91 

8. — à Nantes 19 

VII. Voies partant de Saintes 77 

1. Saintes à Nantes 9, 77 

2. — à Angers 22,77 

3. — à Poitiers 57,65,77 

4. — à Bourges 36,77 

5. — à Limoges 68, 77 

6. — à Angoulême 77, 89 

7. — à Périgueux 78,97 

8. — à Bordeaux 87,100 

VIII. Voies partant d' Angoulême 89 

1. Angoulême à Saintes 77, 89 

2. — àPoitiers 56,90 

3. — à Limoges 91 

4. — à Périgueux 91,97 

5. — à Bordeaux 91,100 

IX. Voies 'partant de Périgueux 92 

1. Périgueux à Limoges 76, 92 

2. — àPoitiers 56,94 

3. — à Angers 26, 95 

4. — à Nantes 12, 96 

5. — à Angoulême 91, 97 

6. — à Saintes 78,97 

7. — à Bordeaux 97, 98, 120 

X. Voies partant de Bordeaux 98 

1. Bordeaux à Périgueux 97, 98, 120 

2. — à Limoges 76, 99 

3. — à Angoulême 91,100 

4. — à Saintes.. 87,100 

II. Lignes secondaires 

1. Nantes à Saint-Philberl-dc-Grand-Lieu 101 

2. Saint-Gémenlin à la mer 102 

3. Poitiers à Gandes i03 

4. Poitiers à la côte méi idiinale du Poitou 104 

5. Rom à la mer t 106 

6. Brioux à Jarnac 108 



TABLE 127 

f 

7. Chassenon à la Terne 109 

8. Angoulême aux Bouchauds 110 

9. Saintes à Talraond lil 

10. Saintes ;à Royan 112 

11. Royan à Biaye 114 

12. La Berche à la mer 4 16 

13. Pons à Périgueux 117 

14. Pons à Coutras 118 

La Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonio 119 

La lieue gauloise 121 



Poitiers. — Imp. Biais, Roy et Cie, 7, rue Victor-Hugo. 



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